LIVRE SEPTIKME. l8l
rent quelques-uns des leurs, qui, s'adressant à moi, me demandèrent ce que cela signiâait: « Rien « autre chose, leur répondis-je froidement, sinon a que ce village étant à moi , j'y mène loger mes « gens de pied, qui en font leur quartier. » Les officiers comprirent à ces paroles que je n'étais, pas d'humeur à leur céder. Ils renvoyèrent me faire des excuses , et me dire qu'ils allaient se retirer dans le moment, n'ayant point compté loger sur mes terres malgré moi , ce que le comte ne leur 'îaurait pas pardonné. En effet, ils payèrent ce qu'ils avaient acheté, et remontèrent tous à cheval, sans seulement demander leurs prisonniers, que je leur renvoyai lorsqu'ils furent sur le coteau de Dormeilles. Us m'en remercièrent, et me firent des offres de service qui achevèrent de m'apaiser. J'envoyai même aux officiers douze bouteilles de vin et deux pâtés. Après quoi je montai à cheval pour aller , suivant l'ordre que je venais de recevoir de sa majesté , prendre avec le prince de Conti des mesures contre la désertion du comte de Soissons.
Ce malheur n'est rien auprès de celui qui arriva en Picardie. La jalousie du commandement brouilla dès l'abord le duc de Nevers avec le duc de Bouillon. Le comte de Fuentes et Rosne , qui commandaient les troupes espagnoles, et qui sans doute en furent informés, profitèrent de cette désunion^
l82 MÉMOIRES DE SULLY.
et vinrent assiéger le Catelet et la Capelle. La première de ces deux places, manquait de vivres et de munitions de guerre, et la seconde avait un gouverneur sans honneur; mais la principale cause de leur perte vint des deux généraux français, qui, en haine de l'un de l'autre , ne firent aucune démarche pour les secourir.
Les choses étaient en cet état lorsque le gouverneur de Ham, placer espagnole , mécontent de sa garnison , résolut de remettre au roi le château de Ham , qui entraînait la reddition de la ville. Il s'adressa au duc de Longueville, et le pria de lui prêter main-forte , ayant en tête une garnison nombreuse. Longueville fit part de la chose à ses officiels-généraux , et surtout au duc de Bouillon, qui lui promit un prompt secours. Sur cette assurance , le duc de Longueville , pour ne pas perdre par trop de délai une occasion si favorable, accourut d'abord du côté de Ham avec d'Humières *, suivi de quelques troupes picardes, et en jeta partie dans le cliateau, partie aux environs , cherchant à réduire la ville par l'escalade et le pétard. La garnison ennemie se défendit avec un courage de lions. Elle les repoussa plusieurs fois. U ne s'est peut-être jamais rien passé de plus vif en ce genre. Enfin les Français , animés par leurs braves chefs, qui virent qu'ils attendaient inutilement
* Charles, seigneur d'Humières.