‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 89 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. l

le duc de Bouillon , s'attachèrent aux retranchemens du château , les forcèrent et entrèrent dans la ville. La garnison espagnole les y attendit de pied ferme. Forcée de plier, elle se rallia plusieurs fois, et donna une infinité de petits combats dans les places, les carrefours, les maisons mêmes, jusqu'à ce qu'elle fut toute taillée en pièces au nombre de mille ou douze œnts hommes. Mais les Français achetèrent fort cher cet avantage. Il leur en coûta trente de leurs meilleurs officiers, du nombre desquels furent du Cluseau ' et La Croix , mestres-de-camp , et d'Humières ^ lui-même , le plus brave et le plus capable officier qui fût en toute la Picardie.

Messieurs de Saint-Paul, de Bouillon et de Villars ayant joint leurs troupes pendant cet intervalle, crurent ne pouvoir mieux les employer qu'à faire lever le siège de Dourlens , que Fuentes et Rosne avaient attaqué après le Catelet et la Capelle. Le duc de Bouillon menait quatre c^nts chevaux, Villars autant, et Saint-Paul cinq cents; et toute leur infanterie pouvait monter à deux mille hommes qu'ils comptaient jeter dans la ville,

' N. Blanchard du Cluseau.

■ On ne peut rien ajouter à' l'éloge que fait de ce seigneur de Thou, qui dit, liv. 112, que le roi et tout le royaume le pleurèrent. Sa rie et ses belles actions remplissent le vol. 89311 des manuscrits de la bibliothèque du Roi.

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s'ils ne réussissaient pas à en chasser les assiégeans.

A demi -lieue de Dourlens, Bouillon ayant fait avancer cinq cents pas devant lui cinquante de ses cavaliers pour gagner le sommet d'une montagne d'où Ton découvrait en plein la ville et le camp des assiégeans, quatre de ces cinquante chevaux, qui précédaient leavautres, aperçurent une troupe des ennemis qui venait droit à eux entre le camp et le coteau : c'était l'armée entière en ordre de bataille qui avait été instruite du dessein des nôtres. Mais ces quatre cavaliers, à qui la peur ne permit de voir la chose que confusément, firent un faux rapport au duc de Bouillon, qui, croyant n'avoir en tête qu'un détachement, doubla le pas de ce côté avec son escadron. Arrivé sur le haut de la montagne, il vit clairement sa méprise. Un parti de cent chevaux précédait deux escadrons de six cents chevaux chacun , qui se tenaient derrière environ mille pas , et étaient soutenus de trois autres escadrons de pareil nombre et d'une infanteri.e de sept à huit mille hommes. Les cent chevaux n'eurent pas sitôt aperçu Bouillon , qu'ils vinrent à lui au trot, suivis au grand pas des deux premiers escadrons, tous armés de pied en cap et la lance sur la cuisse ; ce qui ne lui permit plus de douter que les Français n'eussent été découverts et qu'il ne fallut en venir aux mains, quoi-

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