LIVRE SEPTIÈME. l
que la partie, fut si inégale, que les Espagnols étaient plus forts au moins de deux tiers, à moins qu'il ne trouvât le moyen de leur cacher son petit nombre.
Bouillon envoya un gentilhomme dire à l'amiral qu'il vînt promptement à son secours. Villars , qui était la bravoure même, sans répondre un seul mot, haussa les bras au milieu de ses cavaliers , et leur fit mettre casque en tête , en leur disant pour toute exhortation de ne songer qu'à le suivre, et dans l'instant Bouillon le vit à son côté. Le trouvant si bien disposé, il lui dit qu'il fallait empêcher les ennemis de reconnaître leurs derrières, en faisant la plus furieuse charge qu'on pourrait. L'cnniral ne se le fit pas dire deux fois. Croyant être parfaitement secondé par Bouillon , il prit par émulation le devant avec sa troupe , et , marchant intrépidement vers l'ennemi au grand trot, il attaqua brusquement la gauche, et se jeta le pistolet à la main au travers de cette forêt de lances. Il mit l'épouvante parmi les six cents premiers chevaux , et il les aurait taillés en pièces , et peut-être mieux fait encore , s'il avait eu un aussi bon second; mais Bouillon ne fit de son côté qu'une fausse attaque, après laquelle il se retira en caracolant; et il a toujours soutenu qu'il n'était convenu que de cela seul ' avec l'a-
' Si nous n'en croyons pas Thistorien qui a éttit sa vi<»
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mirai , quoique tous ceux qui accompagnaient ce dernier aient unanimement déposé pour une attaque véritable.
Cette méprise , si c'en fut une, eut toute la suite fî^cheuse qu'on en devait attendre. L'escadron ennemi que Bouillon avait attaqué et ensuite esquivé , fiit le premier qui tomba sur les bras de Villars , vainqueur du sien ; et dans l'instant il s'y joignit d'autres troupes fraîches en si grand nombre , que son escadron accablé ne vit plus d'autre parti à prendre que la fuite. Villars , incapable de fiiir ou de trembler, fit des efforts incroyables avec un petit nombre de braves gens qui ne l'abandonnèrent point; mais enfin, assaillis et enveloppés de tous côtés, ils furent tous portés par terre et expirèrent percés de coups ' , ou massacrés de sang-froid.
croyons-en de Thou, qui disculpe entièrement le duc de Bouillon. Il dit plus, que l'amiral de Yillars fut encore averti par le comte de Saint-Paul de se retirer , mais qu'il ne prit cet avis que pour une espèce d'ordre du duc de Bouillon y auquel il refusa de déférer par vanité, et par une bravoure qu'on ne peut excuser de témérité. (Liv. 122.) D'Aubigné parle comme de Thou , tome 3 , liv. 4 » chap. 9 ; les Mémoires de la ligue ,. tome 6, et Matthieu ^ tome 2, liv. 2. Le sentiment de Cayet est que l'amiral de Yillars voulut profiter de l'avis que le duc de Bouillon lui fit donner de se retirer, mais qu'il était trop engagé. Chronologie novennaire, liv. 7 , page 5o4.
* L'amiral de Villars fut de ces derniers. Ayant été fait prisonnier^ipar quelques Napolitains ,uù capitaine espagnol ,