LIVRE SEPTIEME. JqS
fitant de Toccasion , rassemble quelque cent vingt chevaux de ceux qui fuyaient , revient à l'appui du roi , et tous ensemble ils mènent la cavalerie ennemie battant jusque dans le gros de Tarmée du duc de Mayenne.
Henri ne se laissa pas si fort emporter , qu'il n'aperçut à droite et à gauche deux bois farcis dé fusiliers, dont il allait essuyer la décharge, et
(Tome 3, liv. 4 , chap. 8. ) Mais selon de Thou , il loua devant le parlement le marquis de Mirebeau , La Curée et plusieurs autres.
« Je n'ai point besoin de conseil, mais d'assistance, répondit « Henri IV à ceux qui lui conseillaient de s'enfuir sur un ex~ « cellent cheval turc qu'on lui tenait prêt; il y a plus de péril « à la fuite qu'à la chasse. {Matthieu, tome a, liv. i, page 187.) « Mainville, ajoute cet historien, qui était auprès de lui, et « qui gardait son coup de pistolet pour en servir le premier « des ennemis qui s'en approcherait, en choisit un si à propos» « qu'il lui perça la tête de part en part , et la balle vint siffler « autour des oreilles du roi, qui ne parla jamais de pistolet « qu'il ne se souvînt de ce coup, disant n'en avoir jamais vu « de plus grand ; aussi était-il chargé de deux carreaux d'à- « cier. » Au rapport du même , le duc de Mayenne demanda quatre cents chevaux seulement au général espagnol pour charger la troupe du roi, que l'Espagnol lui refusa, persuadé que Henri ne cherchait qu'à le faire tomber dans une embuscade. Cette défiance des ennemis fut son salut à Fontaine- Française, comme elle l'avait été à Aumale. Ce qui est plut surprenant, c'est que ce prince ne perdit que six hommes dans une action si chaude, pendant qu'il demeura du côté des Espagnols six vingts morts , outre deux cents blessés et soixante prisonniers. Chronologie novènnàirey liv. 7 , page 497»
ensuite courir risque d'être enveloppé , si , dans l'ardeur du combat , il se fût permis d'insulter Tarmée espagnole. Il suspend sa course, et se tient ' sur ses gardes. Dans le moment il aperçoit deux autres corps de cavalerie , qui sortaient du milieu de l'un de ces bois , pour venir fortifier l'avantgarde vaincue. C'était encore là un de ces momens critiques où le plus léger manque de précaution est suivi d'une perte inévitable. Le roi, qui observait de l'œil la manœuvre de ces deux troupes , fait faire cependant halte à la sienne, et la rapproche pour être en état de les recevoir. Il ne s'agissait que de cela seul; car, dans l'ardeur de sa victoire , elle eut bientôt renversé tout ce qui vint à sa rencontre , et se trouva au large devant tous ces bataillons , étonnés des prodiges qu'ils voyaient. Henri comprit que cette surprise ne pouvait pas être fort longue ., et qu'il allait avoir sur les bras un monde animé par la vue d'une poignée de gens à réparer la honte d'une défaite presque incompréhensible. Il profita de l'inaction de l'ennemi pour regagner , sans être poursuivi, du moins le premier lieu du combat, et se dégager du milieu de l'armée ennemie : ce qu'il fit avec tant d'ordre et de supériorité , que l'ennemi ne se racquitta en rien de sa perte ; et que ce prince remporta , dans un même jour , et presque dans le même moment , l'honneur de la