LIVRE SEPTIÈME. I
plus belle victoire et de la plus belle retraite dont l'histoire nous fournisse l'exemple.
En arrivant à son premier poste , il trouva le comte de Chiverny ' , le chevalier d'Oise , MM. de Vitry, de Clermont, de Risse, d'Arambure, de La Curée, d'Heures, de Saint- Geran et de La Boulaye, qui arrivaient aussi avec leurs compagnies; elles composaient avec celles du roi environ huit cents chevaux. Les ennemis n'osèren^t l'attaquer après ce renfort. Persuadés que toute son armée le suivait , et encore consternés de ce qu'un peloton de ses gens en venait de battre six fois autant, ils rebroussèrent chemin, faisant passer leur cavalerie à leur tête, afin que l'infanterie la mît à couvert. Le roi ne laissa pas de les poursuivre ; et il ne cessa point de les harceler qu'il ne leur eût fait repasser la Saône sur leur pont au-dessous de Gray. Comme ils n'osèrent plus après cela tenter ce passage, la Bourgogne demeura, par cet exploit, à la discrétion du roi, qui la prit toute en
' Henri Hurault , comte de Chiverny. Georges de Brancas- Yillars. Louis de L'Hopital-Viiry. Georges de Clermont d'Amboise. N. de Créquy Risse. Jean d'Arambure. Gîlbet Filbet de La Curée. Il fut du combat, où il combattit sans armures et mal monté. Une voix qu*il reconnut pour être celle du roi lui cria : Garde , Ctirée ; c'était un des ennemis qui était prêt à lui passer sa lance au travers du corps, et qu'il tua. Vol. S9 1 9. Manuscrits.de la bibliothèque du Roi.
peu de jours à Fexception de Seure '. Il s'empara encore de quantité de petites villes en Franche- GoiTité, qu'il mit en liberté à la prière des Suisses. Tous ces avantages furent les fruits de la journée de Fontaine-Française.
Henri avoua qu'ils n'égalaient pas ce quMl avait perdu, quand il eut appris la déroute arrivée en Picardie. 11 se hâta de quitter la Bourgogne et le Lyonnais , et revint en diligence à Paris. Il passa par Moret, où, ayant su en détail les moti£s de ma sortie du conseil, il me rendit justice, et jugea que les marques qu il avait laissé paraître de sa confiance en moi , et le désir que j'avais de m'en rendre encore plus digne, étaient les vraies causes qui m'avaient attiré tant d'ennemis. Il eut la bonté de m'en consoler en m'assurant que ce déchaînement ne faisait qu'accroître sa bonne volonté pour moi. Je convins en même temps que sa majesté, ayant à ménager tout le monde dans ime conjonctui'e où Téchec arrivé devant Dourlens pouvait causer une révolution , était obligée de dissimuler et de n'accuser personne. Ce fut avec moi seulement que le roi se plaignit des auteurs de ce cruel accident, et qu'il déplora les pernicieux effets de l'inimitié des chefs, presque l'unique cause des plus grands désastres dans
' Seure, ville sar la Saône : elle a changé de nom, et A pelle aujourd'hui Bellegarde.