LIVRE SEPTIÈME. I
la guerre. Il me parut sensiblemeti t touché de la perte de l'amiral de Villars, et il ne m'en parla qu'avec mille louanges. Il avait bien su démêler la vérité au travers de tout ce que les parties intéressées avaient avancé pour mettre sur le compte (lu mort tout ce qui était arrivé.
Ce prince comprit en ce moment , et m'avoua qu'il s'était laissé aller maLà propos à l'avis d'une guerre dont on lui avait assuré le succès infaillible. Il eut même la sincérité de la traiter de feute si capitale , qu'elle était capable de replonger là France dans des misères plus grandes que celles dont elle sortait. Le roi, en parlant ainsi, ne considérait que la grandeur d'une perte telle que le Catelet, la Capelle, Ardres', Dourlens, Cambrai, dont Balagny venait d'être chassé, et Calais par -dessus tout, qu'on regardait déjà comme pris , quoiqu'il ne le fut pas encore. Pour moi , je trouvais que la France avait encore plus risqué dans ces occasions , où le roi n'avait sauvé « la Bourgogne et sa propre vie que par un prodige de valeur et de bonheur. Depuis cela, Henri avait coutume de dire , qu'une déclaration de guerre est la chose du monde «qui doit être le plus
' Ardres fut rendu aux ennemis par le comte de Belin, presque sans faire de défense. Il en fut disgracié : on lui ôta ses duirges, on le relégua dans ses terres , etc. Bongarsy Epist, 75, *'am€r. Morisot, chap. 33.
aOO MÉMOIRES DE SULLY.
mûrement pesée; et que, quelque attention qu'on croie y apporter, elle ne l'est presque jamais assez. Les princes peuvent encore tirer de cet exemple une autre leçon qui n'est pas, moins utile : c'est qu'ils ne doivent jamais avoir de haine envenimée contre leurs voisins ; et que la prudence exige en bien des occasions que, malgré le ressentiment le plus violent et même le plus juste, ils paraissent toujours disposés à la réconciliation.
Le roi se garda bien de rien témoigner en public de ce qu'il pensait. Au contraire, cherchant à relever les courages abattus, il répondit aux Parisiens, qui vinrent le complimenter sur sa perte, qu'elle était facile à réparer, si de leur part ils voulaient jomdre les effets aux paroles. Us lui firent d'assez belles offres; mais sa majesté, ayant plusieurs fois éprouvé combien peu elle devait s'y arrêter, prit ses mesures d'ailleurs; et, sans en attendre l'accomplissement, elle repartit de Paris dès le lendemain , avec la joie d'avoir appris par un courrier arrivé de Rome que le pape s'était enfin porté à lui donner ' l'absolution qu'il faisait
' « Ce qui fit, dit Pérélixe, que le pape tarda tant à accorder « Tabsolulion, c'est, disait-il, que lui ^eul avait le pouvoir de « réhabiliter les relaps. Il étaif fort en colère de ce que les a prélats de France avaient entrepris de l'absoudre, quoiqu'ils « ne l'eussent absous que par provision, ad cautelam , seule- « ment. »
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