LIVRE PREMIER
lurent y servir; et le maréchal de Cossé % qui devait y commander, s'enivrait de là gloire qu'il allait acquérir en exterminant jusqu*att dernier soldat huguenot, et en amenant à la reiÉHNmère tous les chefs du parti pieds et mains liés. Il changea bientôt de sentiment. L'armée protestante le reçut avec intrépidité , et elle fut toujours la première à offrir le combat; tout l'avantage lui demeura dans les escarmouches, qui furent fréquentes, et elle remporta même tme espèce de victoire au choc d'Arnay-le-Duc ^.
ce Saignez, saignez; la saignée est aussi bonne au mots d'août <i qu'au mois de mai. Son fils , qui a écrit des mémoires , rap- « porte que son père, étant au lit de mort, Ht une confession « générale de sa vie, et que le confesseur lui ayant dit d'un « m étonné : Quoi! vous ne parlez point de la Saint-Barthé- «c lemi ? Je la regarde , répondit le maréchal , comme une « action méritoire qui doit effacer mes autres péchés. »
' Artus de Cossé, seigneur de Gonnot, mort en i582.
■ Les apparences étaient que le maréchal de Cossé battrait l'armée huguenote, ou qu'il l'empêcherait du moins de s'approcher de Paris. Il ne fit ni l'un ni l'autre; au contraire, il fut obligé de se retirer après une escarmouche très-vive, et il se contenta depuis de côtoyer l'ennemi. Les calvinistes étaient commandés dans cette rencontre par le prince de Navarre, et le prince de Condé, son cousin-germain, âgés, l'un de seize ans, l'autre de dix-sept, et par l'amiral de Coligny. L'historien Pierre Matthieu a recueilli ces paroles de Henri IV, s'entretenant , depuis qu'il fut monté sur le trône, de ce choc d'Arnayle-Duc : « Mes premiers exploits d'armes , disait ce prince, « furent Amay-le-Duc, où il était question ou de combattre.
6 MÉMOIRES DE SVLLT.
Tant d'opiniâtreté fit juger dès ce moment à la reine-mèinc quHl fallait avoir recours à d'autres moyens que la guerre pour détruire le parti protestaottt Celui de la trahison lui parut le plus sûr. Pour avoir le temps de s'y préparer , elle écouta si fiftvorablement les propositions d'un accommodement, que la paix se fit à l'heure qu'on y pensait le moins , et à des conditions tout-à-fait avan* tageuses pour les huguenots. Ce fut la paix de i Syo ' , après laquelle on goûta de part et d'autre pendant deux ans un repos également souhaité par les deux partis.
Mon père* se retira dans sa maison de Rosny,
« ou de me retirer. Je n'avais retraite qu'à plus de quarante « lieues de là , et je demeurais à la discrétion des paysans. En « combattant ainsi , je courais fortune d'être pris ou tué, parce « que je n'avais point de canon, et les gens du roi en avaienl» « et à dix pas de moi fut tué un cavalier d'un coup de coole- « vrine; mais recommandant à Dieu le succès de cette jour- « née , il le rendit heureux et favorable. » (N. i , 1. 5, p. 327.) Dans le cours de cette même année, les huguenots gagnèrent la bataille de Luçon, et prirent Marennes, Tîle d'Oléron, Brouange, Saintes, etc.
' Ils furent remis par ce traité de paix en possession de plusieurs privilôges qu'on leur avait ôtés. Le nombre des prêches fut augmenté, et on leur donna quatre villes pour sûreté, la Rochelle, Montauban, Cognac et la Charité. On appela cette paix boiteuse et malessisey parce qu'elle fut conclue au nom du roi, par Biron, qui était boiteux, et par N. de Mesmes» seigneur de Malassise : elle fut faite le 11 août.
* François de Béthune, baron de Rosny , mort en i575. Il