LIVRE PI^MIER
et s'occupa à rétablir ses affaii^s domestiques. Comme a est l'histoire de marvie, jointe à celle du prince que j'ai servi ; qui va faire le sujet de ces mémoires , je dois donner un éclaircissement sur ma famille et sur ma personne. En satisfaisant la curiosité du public à cet égard , je le prie d'être persuadé que je le fais sans affectation et sans vanité; et que je donne à la seule nécessité de dire la vérité tout ce qu'on pourra rencontrer d'avantageux pour moi ici et dans toute la suite de ces mémoires. Maximilien est mon nom de baptême , et Béthune est celui de ma famille ' . Elle tire sqq origine, par la maison de Coucy, de l'ancieniie maison d'Autriche, avec laquelle il ne faut pas confondre celle qui tient présentement l'empire d'Allemagne et les Espagnes. Celle-ci ne descend que des comtes d'Habsbourg et Quibourg ^ , sim-
épousa en premières noces Cliarlotlc Dauvet, fille de Robert Dauvet , seigneur de Rieux , président de la chambre des comptes, et d'Anne Briconnet, dont il eut les enfans qui seront nommés ci-aprés. Il se remaria à Marguerite de Louvigny, dont il n'eut point d'enfans.
' Ces éclaircissemens sur la maison de Béthune sont tirés tant du corps des anciens mémoires de Sully, que des différentes pièces qui en font partie. Il vaut mieux en croire les habiles généalogistes modernes, dont nous rapporterons bientôt le sentiment.
' L'opinion qui fait descendre la maison d'Autriche des comtes d'Habsbourg , autrement Thierstein , a long-temps
8 MIÉMOIRES DE SULLY.
pies gentilshommes il y a trois cents ans, à la solde des villes de Strasbourg , Baie et Zurich , et
passé pour incontestable. Des titres de Tab laye du Mure ou Mûri en Suisse , mal consultés par Théodore Godefroy, et adoptés sur sa parole par les meilleurs critiques, et même par le père Le Long, ont donné cours à cette erreur. Par ces mêmes titres mieux examinés , par les Chartres du monastère de Saint-Trutpert et autres actes, il paraît que cette maison est originaire du Brisgaw; qu'elle sort des anciens comtes d'Alsace ; qu'elle remonte par Luitfruid , Rampert, Optert, etc. , comtes d'Habsbourg et landgraves d'Alsace, non-seulement jusqu'à Contran le Riche, comte d'Altembourg, qui vivait au commencement du dixième siècle , mais même jusqu'à Adelric ou Éthic I , qualifié duc d'Allemagne , dix-huitième aïeul de Raoul ou de Rodolphe I, au milieu du septième siècle. Voilà du moins ce qui paraît assez solidement établi par le nouvel ouvrage latin du R. P. Marquard Hergott, bénédictin, imprimé à Vienne en 1737, en trois volumes in-fol. , et qui a pour titre : Généalogie diplomatique de l'auguste maison d'Habsbourg, etc. Voyez aussi le savant et judicieux extrait de cet ouvrage , inséré dans le Journal des savans , mars y avril et juin 1740.
Outre cette erreur générale , nos mémoires paraissent être tombés dans deux autres erreurs particulières. Il est vrai qu'on ne doit pas confondre cette seconde maison d'Autriche avec celle qui posséda l'Autriche, etc., jusqu'en 1248? que mourut Frédéric , le dernier de cette maison , laquelle tirait son origine des anciens ducs de Souabe. Mais nous manquons de preuves que la maison de Béthune ait été alliée de cette maison de Souabe ou d'Autriche première : elle ne l'a été que de la seconde , par la maison de Coucy. Le duc de Sully pourrait bien avoir ajouté foi à l'ancienne fable, qui tirait la , maison d'Autriche de Sigebçrt, fils de Théodebert, roi d'Ans-