LIVRE TROISIÈME. 2l
Le vicomte de Turenne , avec des desseins tout pareils sur le Limosin et le Périgord , où il pos-
de troupes, joindre rarmée allemaDde vers la source de la Loire , en prenant son chemin par le fond de TAngoumois et du Limosin; que le roi de Navarre, de son côté, se voyant abandonné de la meilleure partie de la noblesse de Poitou et de Saintonge, avait marché vers Sainte-Foi en Angenois, d'où il avait pris la route de Pau , laissant la conduite de sa petite armée au vicomte de Turenne ; que le vicomte, pour ne pas laisser ses soldats inutiles , avait assiégé Sarlat en Périgord, dans le dessein de la mettre du moins à contribution, s'il ne pouvait la prendre. Voilà ce que dit de Thou : et Ton peut y ajouter une circonstance très-essentielle, et en même temps très-vraie , puisque ni le duc de Bouillon ni ses apologistes ne peuvent s*empécher d'en convenir, qui est que ce fut le vicomte lui-même qui fit rejeter le sage conseil du prince de Condé. Il s'ensuivrait de tout cela que le prince de Condé n'est point coupable de ce dont on l'accuse ici ; d'autant plus que d'Aubigné ajoute que ce fut sur la promesse que lui fit le roi de Navarre d'aller le joindre au plus tôt, qu'il s'avança dans l'Angoumois , où il l'attendit long-temps inutilement, sans pourtant que cela puisse justifier le prince d'avoir eu d'ÉilIeurs les vues d'indépendance dont aucune histoire n'a douté.
Pour le vicomte de Turenne , quoiqu'il n'ait paru agir en cette occasion qu'en conséquence de la résolution d'un conseil génér«il, il semble qu'on n'en est pas moins autorisé à tout penser à son désavantage. Et ce n'est pas raisonner conséquemment que de convenir, d'une part, comme fait Marsolier, que son ambition lui faisait former des projets criminels; et de trouver mauvais, d'une autre, qu'on rapporte à ce projet toutes ses démarches. C'est détruire l'idée qu'il veut nous donner du duc de Bouillon , comme du plus grand politique de son temps. La raison blâme ces jugemens qu'on porte sur
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sédait déjà de grands biens , tint la même conduite, et se faisant suivre des troupes qui recevaient ses ordres , et qui faisaient seules le tiers de l'armée, il les mena faire le siège de Sarlat, en les flattant que cette expédition allait enrichir jusqu'au moindre soldat. Il justifia parfaitement le proverbe, que les grands prometteurs tiennent le moins. Il reçut devant cette bicoque un échec qui aurait dû le convaincre une bonne fois de la vanité de ses prétentions. Le vicomte eut le malheur de n'être plaint de personne, et du roi de Navarre encore moins , parce qu'il n'avait rien fait que contre son avis,
Le comte de Soissons cachait plus finement ses desseins. Cependant il est vrai que son nouvel attachement au roi de Navarre n'avait rien de plus sincère, et ne lui était dicté que par son intérêt seul. Il avait su gagner le cœur de Madame , Catherine, sœur du roi, et il n'entretenait ce prince que de la passion qu'il avait de s'unir encore plus étroitement avec lui par un mariage; mais ce des-
rintérieur ; mais les lois de Thistoire les souffrent , et les conjectures politiques sont souvent réduites à ce seul fondement. Quant à ce qui est dit dans ce même endroit, contre M. le comte de Soissons , il est et sera encore appuyé dans la sidte sur des preuves qui ne laissent rien à répliquer. De Thou, liv. 87; Mém. de Duplessis y liv. i *, d'Aubigné , t. 3,liv. i, chap. 1 5 ; Marsolier , Hiat. de Henri, duc de Bouillon , t. i , liv. 3.