LIVRE TROISIÈME
sein en cachait un autre trop honteux pour le laisser apercevoir. Il prétendait se faire subroger par ce mariage dans tous les droits du roi de Navarre. Et comme il ne voyait aucune apparence que ce prince, ayant pour ennemis déclarés le pape , l'Espagne et les catholiques de France , pût jamais venir à bout de ses entreprises , il comptait s'enrichir de ses dépouilles , et y gagner du moins les grands biens qui composaient l'apanage de la maison d'Albret en-deçà de la Loire. Avec une pareille intention , il n'eut garde dé l'aider de ses conseils ni de sa main à pousser plus loin sa dernière victoire. Au contraire , il prit ce moment pour lui £aire de si fortes instances de le mener en Béarn voir la princesse, que ce prince, qui se voyait d'ailleurs plus abandonné que s'il avait perdu lui-même la bataille, crut que la reconnaissance du secours que lui avait donné M. le comte l'obligeait à lui accorder cette satisfaction. Il était entraîné lui-même de ce côté ( et le comte de Soissons ne l'ignorait pas ) par une passion qui a toujours été le faible de ce prince. L'amour le rappelait aux pieds de la comtesse de Guiche pour y déposer les drapeaux pris sur l'ennemi , qu'il avait fait mettre à part pour cet usage.
Ils prirent donc ensemble le chemin de Béarn. Ce voyage , fait ainsi à contre-temps , ne produisit
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pas heureusement tout le mal qu'on avait lieu de craindre. Il servit du moins au roi de Navarre à connaître plus particulièrement celui qu'il était sur le point de se donner pour beau-frère. M. le comte de Soissons ne put si bien dissimuler , que le roi ne devinât une partie de ses sentimens , et une lettre qu'il reçut de Paris acheva de les lui dévoiler. On lui apprenait que M. le comte n'avait fait cette démarche auprès de lui qu'à l'instigation des ecclésiastiques , qui avaient imaginé cet artifice pour lui ravir tous ses biens ; que le comte leur avait juré qu'aussitôt qu'il aurait épousé Madame , il l'emmènerait à Pari» , et abandonnerait le parti de son bienfaiteur, et qu'on prendrait alors des mesures pour achever le reste. Cette lettre, que lé roi de Navarre reçut au retour de la chasse , et près de tomber dans le piège qu'on lui tendait, lui donna pour le comte une aversion que rien n'a jamais pu effacer. Il rompit avec lui , et regretta, mais trop tard, de s'être abandonné à son conseil.
Je n'eus pas le chagrin d'être témoin de toutes ces résolutions prises après la bataille deCoutras, et auxquelles je me serais inutilement opposé. Quelques jours après le combat, avant que des réflexions si peu sensées eussent empoisonné tous les esprits, le roi de Navarre me prit en particulier dans un jardin , et me demanda mon avis sur