‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 103 sur 231 · LIVRE TROISIÈME. ^IQ · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. ^IQ

la situation où cette action avait mis les affaires. Je lui répondis qu'il fallait, sans perdre de temps, marcher avec toutes ses forces vers la source de la Loire pour y recevoir le^ secours étranger , ou , ce qui revenait au même , lui en faciliter le passage, en s'emparant de toutes les villes qui sont en-deçà de cette rivière; et qui, à la réserve de Poitiers et d'Angouléme, qu'on pouvait laisser, ne me paraissaient pas difficiles à prendre. Par là ce prince s'assurait du moins à tout événement des plus belles et des meilleures provinces , dont on n'aurait pu le chasser qu'avec des forces et un temps considérables.

Le roi de Navarre préféra cet avis , et me parut dans l'intention de le suivre de point en point. Il me dit qu'il venait d'envoyer Montglat ' vers l'armée étrangère , et que , ne pouvant aller luimême se mettre à la tête , il aurait fort souhaité que M. le prince de Conti * se fut chargé de cet emploi. Il venait de recevoir des lettres de ce prince par lesquelles il lui faisait offre de sa personne. Le prétexte d'aller joindre les restes de Tarmée royale pouvait servir à M. le prince de Conti à se rendre sans risque jusqu'à l'armée auxi-

' Louis Harlai , sieur de Montglat.

■ François de Bourbon, prince de Conti, second fils d^ Louis I , prince de Condé , et d'Éléonore de Roye : il mourut en 1 6 1 4 , sans enfans de ses deux mariages.

liaire. Le roi me chargea de porter le prince à faire cette démarche, et me commanda de ne pas l'abandonner.

Je partis de l'armée, chargé pour tout écrit d'une lettre de trois lignes : j'envoyai mon équipage à Pons, et je passai dans le Maine, où je croyais trouver M. le prince de Conti , à la faveur des connaissances que j'avais avec les gouverneurs des places du passage. J'appris en arrivant que le prince de Conti était parti de luimême deux jours auparavant , et qu'il n'avait pu tenir sa marche si secrète , qu'on ne se fut aperçu qu'il était d'intelligence avec les étrangers : ce qui avait fait détacher après lui plusieurs partis, qui remplissaient encore les chemins. Je fus donc obligé de faire un circuit pour chercher à le rejoindre, et de prendre par Rosny, d'où étant venu à Neaufle , ce fut en arrivant dans ce bourg que j'appris que les Allemands , engagés sans ordre et sans guide au milieu de provinces inconnues , arrêtés par de grosses rivières , et sans cesse harcelés par les troupes de la Ligue, avaient enfin été totalement défaits à Auneau ' ; que les Suisses,

' Voyez ce détail dans de Thou, liv. 87; dAubigné, t. 3, liv. i ; Matthieu , tom. i, liv. 8, p. 537 ; la ChronoL noven^ naire , t. i , fol. 39, et surtout les Mémoires de la Ligue, t. i , où il est marqué que, dans le temps que cette armée était campée près de la rivière d'Yonne, Montglat vint, de la part du i-oi de Navarre , dire aux chefs de s'acheminer par la source

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