‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 104 sur 231 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

pour éviter un semblable malheur, avaient pris parti , au nombre de douze mille , dans les troupes de la Ligue ; que le roi de Navarre était en Béarn , ses troupes dans l'inaction et dispersées de tous côtés.

Ces tristes nouvelles abrégeant mon voyage , et rendant ma commission inutile, il ne me resta plus rien à faire que de tourner bride et de regagner Rosny, où, tandis que je déplorais dans le cœur les effets d'une si mauvaise conduite, je feignais, pour ma sûreté, de prendre paçt aux réjouissances publiques qui suivirent la défaite d^Auneau. Je visitai mes biens de Normandie , en attendant les remèdes que le temps et le retour du roi de Navarre pouvaient apporter à nos malheurs; et lorsque je fus informé que ce prince était revenu de Béarn, j'allai le trouver à Bergerac, où la nouvelle de la prise de Castillon le consola un peu parmi tant de sujets d'affliction. Il en avait

de la Loire, où il irait se mettre à leur tête, mais qu'ils ne jugèrent pas à propos de le faire. Les chefs étaient le baron d'Onau ou de Dona, Guitry, Clervant, Beauvais-la-Nocle, etc. S'ils avaient suivi cet ordre, le roi de Navarre, alors de retour de Béarn, aurait eu le temps de les joindre avec ses troupes, et l'armée n'eût pas été défaite. Davila , liv. 8, rapporte la réponse que fit le duc de Guise au duc de Mayenne, qui trouvait bien du risque à attaquer un ennemi si supérieur en nombre.. « Ceux, dit-il , qui ne sont pas d'humeur de combattre « peuvent demeurer ici ; ce que je ne résoudrai pas en un « quart d'heure, je ne le résoudrais pas en toute ma vie. »

%aO, MliMOIRES DE SULLY.

coûté un million au duc de Mayenne pour faire le siège de cette place, que le vicomte de Turenne reprit pour moins de deux écus.

Nous y fûmes encore informés peu de temps après de deux événemens bien capables de changer la face des affaires. L'un est la mort du prince de Condé \ Une fin aussi prompte et aussi tragique, l'emprisonnement de quelques personnes qui l'approchaient de plus près , le supplice d'un de ses domestiques^ qui fut tiré à quatre che-

' « Quoiqu'il y eût une secrète jalousie entre le prince de « Condé et le roi de Navarre , ce roi ressentit cette perte avec « une extrême douleur ; et s'étant renfermé dans son cabinet « avec le comte de Soissons, il fut ouï en jeter les hauts cris, « et dire qu'il avait perdu son bras droit. » (Péréf. Hist, de Henri le Grand , i part.) Ce prince s'appelait Henri, et était fils de Louis de Bourbon , premier prince de Condé. Il n'eut point d'enfans de sa première femme, aorès laquelle il épousa Charlotte-Catherine de La Trimouille , qu'il laissa grosse de trois mois. C'est une erreur grossière, et qui n'a cours que parmi le peuple , que Henri de Condé , second du nom , est venu au monde treize mois après la mort de son père. Il naquit le premier septembre suivant

* Ce domestique s'appelait Brillant. Un de ses pages fut exécuté en ef&gie. La princesse de Condé elle-même fut comprise dans cette accusation. René Cumont, lieutenant particulier de Saint- Jean, commença contre elle une procédure que la nais* sance de Henri II, prince de Condé, fit surseoir. Après six ans de prison , la princesse présenta requête au parlement de Paris , qui évoqua cette affaire à son tribunal , et déchargea Charlotte-Catherine de La Trimouille du crime dont on avait voulu la rendre complice. Le prince de Condé mourut à Saintr

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