LIVRE PREMIER
qui se seraient tenus fort honorés d'être maîtresd'hôtel d'un prince tel que le roi de France; puisque Raoul , chef de cette seconde maison d'Autriche , exerça une pareille charge chez Ottocar , roi de Bohême. C'est du fils de ce Raoul que commence proprement la nouvelle source d'Autriche, parce qu'il prit ce nom en la place du sien. La maison de Béthune , qui a donné son nom à une ville de Flandre, et d'où sont sortis les comtes qui anciennement ont gouverné cette province, se fait honneur d'un Robert deBéthime % avoué d'Arras ,
trasîe , et l'avoir appliquée ^ non à la seconde maison d'Autriche', mais à la première , quoique l'un ne soit pas plus vrai que l'autre.
Il a raison ensuite de dire que Raoul ou Rodolphe, comte d'Habsbourg et premier empereur de cette maison , avait été majordome d'Ottocar , roi de Bohême, et qu'Albert, son fils, aussi élu empereur, est le premier de sa maison qui ait pris le titre de duc d'Autriche, ce qui arriva en ia74> lorsque Rodolphe eut emporté sur cet Ottocar, son concurrent, les duchés d'Autriche, Stirie, Carniole, etc. Mais il devait en même temps rendre plus de justice qu'il ne fait à l'ancienneté de cette maison.
' Duchesne ne s'éloigne pas de ce sentiment. Il prouve que Robert, dit Faiseus, tige de la maison de Béthune, qui vivait dans le dixième siècle, descendait d'une branche cadette des anciens comtes de Flandre , qui eut pour son apanage la seigneurie de la ville de Béthune , première baronnie du comté d'Artois. Il faudrait dire seulement, selon ce sentiment, que ce fut la ville de Béthune qui donna à cette branche le nom qu'elle a depuis fait passer à toute la maison de Béthune. L«
lO MEMOIRES DE SULLT.
dont le père et le grand-père, portant aussi le nom de Robert , furent déclarés protecteurs de la province d'Artois. L'un de ces deux Robert de Béthune se signala en France par la prise de la Roche- Vandais , forte place sur les confins d'Auvergne , où le rebelle Eiïiezigot Marcel s'était retiré; et l'autre dans les guerres de Sicile , en tuant de sa propre main le tyran Mainfroy , en présence des deux armées : service qui mérita que Charles d'Anjou , concurrent de Mainfroy , lui fît épouser Catherine, sa fille. On compte un quatrième Robert de Béthune , qui gagna un combat naval contre les infidèles sur la Méditerranée ; dans l'Église , un Jacques de Béthune, évêque de Cambrai, au temps de la croisade des Albigeois ; un Jean de Béthune, abbé d'Anchin, près de Valenciennes, mort en i aSo, en odeur de sainteté , et dont les reliques sont révérées comme celles d'un martyr. L'histoire des croisades n'a pas oublié ceux qui se distinguèrent à la prise de Jérusalem , en montant les premiers sur la brèche. Antoine et Coésne de Béthune ' ,
titre d'avoué était alors si honorable , que plusieurs souverains se sont fait honneur de le porter.
' Ce sont apparemment ces deux frères , fils de Robert V , seigneur de Béthune, que, selon Guillaume de Tyr, Philippe d'Alsace de Flandre proposa de marier avec les deux filles de Beaudouin, roi de Jérusalem. Il est encore certain qu'après la mort de Pierre de Courtenay , empereur de Constantinople,