‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 112 sur 231 · LIVRE TROISIÈME. 23l · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. 23l

vices à sa majesté , parce que je me tenais assuré .qiie le roi de Navarre , dont les intérêts n'avaient plus rien de différent des siens , viendrait dans peu en faire autant. Je sentis que mon discours ne déplut point au roi. Il n'en laissa rien apercevoir , parce qu'il était environné et soigneusement observé par des personnes sur le visage desquelles il lut aussi bien que moi la peine que leur faisait^ mon discours. La faiblesse de ce prince avait quelque chose d'incompréhensible. Ses véritables ennemis ne pouvaient pas lui être cachés après la manière sanglante dont ils venaient de lever le masque; il feignit. encore de ne pas les connaître. Il se livra de nouveau à la reine-mère ' , et par

' Dans la lettre circulaire qne Henri III envoya dans les provinces après Faclion des barricades, et qui commence ainsi : «Chers et bien-aimés', voi^ aurez, comme nous esli- « mons, entendu les raisons qui nqBBm mu de partir de ma « ville de Paris le i3 de ce mois, oBDCe prince parle moins en roi qu'en suppliant. Il se déferra iR^oir voulu faire entrer une garnison étrangère dans Paris , et doute de la fidélité des Parisiens. Il donne une fausse et mauvaise couleur à son évasion. Il témoigne qu'il est prêt à commencer la guerre contre les huguenots, à la tête de la Ligue. Manuscrit de la bibliothèque du Roi, n. 8866 , 8991 .

L'auteur veut encore parler des conférences que la reinemère eut , par ordre de ce prince, avec le cardinal de Bourbon et le duc de Guise, où furept aussi admis, comme je le trouve dans le vol. 8906, manuscrit de la biblî^hèque du Roi, les sieurs de Lansac, de Lénoncourt, Des Châleillers et Miron , premier médecin de sa majesté, qui avait déjà été employé à

îlSa MÉMOIRES DE SULLY.

elle , à ses persécuteurs avec lesquels elle le raccommoda. Pourvu cependant que cette dernière démarche ne fut point dans ce prince un trait de la plus profonde dissimulation ; car le coup hardi *

porter des paroles de part et d'autre le jour des barricades. Ces conférences se tinrent à Châlons, à Sarry, maison appartenant à révoque de Châlons, à Nemours, etc. La Ligue y fit des demandes exorbitantes, comme Tabolition totale de la reiitiîion réformée, et la privation d'emploi de tous les officiers calvinistes, quand même ils abjure^j^ient; la publication du concile de Trente, l'inquisition, etc. Et elle obtint enfin presque tout ce qu'elle demanda, par l'édit du 21 juillet, qui fut donné en conséquence. Mémoires de la Ligue, tome i ; Mcm, de Nevers , tome 1 ; Matthieu y lome i , liv. 8; Chronol. novenn. , tome i et autres.

' La mort des deux frères, le duc et le cardinal de Guise, que ce prince fit tuer dans ses appartemens et par ses gardes, la surveille de Noël, à Blois, oii se tenaient les états. Voyez cette exécution dans les mêmes historiens, avec le détail des opérations et des ^ri imâHm se firent des deux parts aux états de Blois. Le cardinal^^K>urbon fut détenu prisonnier, les autres frères du duc cRRjiiïse prirent la fuite.

Le duc de Guise, périt comme avait fait l'amiral de Coligny. La présomption les empêcha de voir tous deux le danger dont ils étaient menacés. Le duc ne voulut croire aucun des avis qui lui furent donnés. On dit que la marquise de Noirmoutier, cette même dame qui avait fait tant de bruit sous le nom de madame de Sauves, vint exprès passer la nuit avec lui, et qu'elle ne put, par raisons ni par prières, l'empêcher d'aller le lendemain au conseil.

Quelques-uns ont voulu justifier cette action de Henri III, entre autres le cardinal de Joyeuse, dans un long mémoire qu'il envoya sur ce sujet de Rome, où il était alors. [Mém,

Page 1