‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 113 sur 231 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

qu'il fit aux états de Blois laisse la liberté de croire qu'il ne perdit pas un moment de vue sa ven-

d'état de Villeroi, tome % , page 175.) Mais les plus judicieux de nos historiens , et ceux mêmes qui ont poussé le plus loin les droits de l'autorité royale, l'ont tous détestée. « Les cir- « constances odieuses du meurtre des Guise, dit Péréfixe, «• Ton fait paraître horrible, même aux yeux des huguenots, flc qui disaient que cela ressemblait fort au massacre de la Saint- « Barthélemi. » D'un autre côté, on ne saurait nier qu'il ne restait que ce seul moyen à Henri III de conserver la couronYiê dans sa maison , peut-être même sur sa propre tête : car c'est un sentiment dépourvu de toute vraisemblance que celui qu'on trouve dans les mémoires de Villeroi, t. i, p. aS, que sans cela ce prince pouvait se rendre maître des délibérations des états de Blois, et y faire suivre ses volontés.

Dans cette alternative, on ne peut que déplorer les effets de la mauvaise conduite d'un prince qui se met dafts une semblable nécessité; il va bientôt lui-même assurer par un dernier exemple cette vérité, que qoi frappe du couteau, périt par le couteau.

Le duc de Guise était cher aux catholiques, et principalement au peuple, presque jusqu'à l'adoration. Ils ne l'appelaient que notre Grand, Il avait à la joue gauche, au-dessous de l'œil, une balafre qui ne le rendait que plus respectable , parce qu'il l'avait reçue en combattant contre les huguenots, à la journée de Château-Tierry, d'un coup de pistolet que lui tira un reître. Il était au contraire si fort haï dans sa famille, qu'il traitait avec une hauteur et une dureté insupportables, qu'on assure que ses parens , et jusqu'à ses propres frères , dans la crainte de tomber entre les mains d'un tyran, furent ceux qui firent donner à Henri III, dans les états de Blois, les plus sûrs avis sur ses démarches et sur ses desseins; avis qui étaient suspects à ce prince, comme ceux qui étaient donnés au duc de Guise par plusieurs des courtisans sur la résolution vio-

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renient dépendante. Je ne crus pas pourtant que , sans ce dernier article surtout , le roi de Navarre dût s'avancer jusqu'à Blois avec ses troupes : mais la difficulté fut en quelque manière levée par Brigneux , gouverneur de Beaugency , que j'allai voir avant de partir. Cet officier me prévint : après m'avoir dit qu'il voyait avec beaucoup de chagrin que le roi tenait^ une conduite qui lui ferait infailliblement perdre cette place, comme toutes les autres, il m'offrit de la remettre ou à moi, ou à Rebours , ou à tel autre officier que le roi de Navarre voudrait y mettre ; aimant mieux perdre sa place , et suivre ce prince simple volontaire , que de demeurer dans Beaugency , où l'on n'écoutait pas ses conseils.

Après cette assurance, je repassai promptement auprès du roi de Navarre. Ce prince m'écouta attentivement. Il ne pouvait se défaire de la défiance que le passé lui avait inspirée. Il me demanda plusieurs fois d'un ton inquiet, et en se grattant la tête , si le roi agissait en cette fois sincèbem^pt. Je l'en assurai, et j'y joignis le témoignage de Rambouillet. « Je ne veux donc pas , reprit ce « prince, prendre ses villes pendant qu'il traite « de bonne foi avec moi. » Il venait de prendre ce jour même Châtellerault. « Retournez , conti- « nua-t-il,. lui porter mes lettres, car je ne crains a ni Morosini ni Nevers. » Il me fit apporter dans

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le moment même à déjeuner dans son cabinet, et après je pris la poste pour Blois.

Le roi , qui ne doutait pas que la réponse du roi de Navarre ne fût telle qu'il la demandait, s'était avancé par impatience jusqu'à Montrichârd avec toute sa suite. Je trouvai tous les logemens de ce petit endroit pris ou marqués; et, comme j'y arrivai fort tard, je crus que j'allais être obligé de passer la nuit dans la rue. Heureusement, Maignan me découvrit le logement du marquis de Rambouillet, qui me fit donner celui qui avait été destiné à un de mes frères, alors à Tours. J'allai à minuit trouver le roi, qui m'attendait dans le galetas du château. Il approuva et signa tout , jusqu'au passage sur la Loire , et voulu que je repartisse la nuit même. Le bruit d'un traité entre les deux rois était déjà répandu dans Châtellerault lorsque j'y arrivai, et il y était si passionnément désiré, que je reçus mille bénédictions dès que je parus.

Le roi de Navarre n'y était déjà plus. Ce prince, qui ne comptait guère que sur son épée , ayant su que la Ligue était entrée dans Argenton par intelligence, y marcha en diligence, et y arriva si à propos, qu'il en délogea les troupes de la Ligue avant qu'elles eussent reçu le secours qui devait les y maintenir. Il y mit pour gouverneur Beau- I. i6

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pré , après que j'eus visité le château , et fait un état des mimitions de la place.

La £atigue de tant de voyages faits si précipitamment fit qu'au retour je fus saisi d'une fièvre continue, qui me tint au lit douze jours entiers. Duplessis ' sut bien se prévaloir de cet accident pour m'enlever l'honneur d'un traité qu'il n'eut que la peine de dresser, et auquel le marquis de Rambouillet ^ avait eu beaucoup plus de part que lui. Ce traité fut passé au Plessis-lès-Tours , au grand contentement des deux rois. Saumur fut la place de sûreté dont on convint, et Duplessis ne manqua pas de s'en faire donner le gouvernement, comme une récompense naturelle de celui à qui on avait obligation du traité. Ce procédé me parut si peu régulier, que je ne pus m' empêcher de me plaindre assez hautement de lui et du roi de Navarre même, qui favorisait un autre du fruit de ma peine. Le comte de Soissons , qui ne s'accommodait jamais ni de l'intérêt général, ni de la joie publique, se servit de cette occasion pour essayer de m'entraîner dans ses nouveaux

' Philippe Diiplessis-Mornay.

* Il est juste d'avertir que ces faits sont rapportés d'une manière très-difFérente dans la vie de Duplessis-Momay, liv. i , page i3i. Reste à savoir auquel des deux écrivains on doit ajouter plus de foi.

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