LIVRE TROISIÈMI
chemin de Tours, où le roi de Navarre ne coucha pourtant qu'une nuit ; il s'en retourna à son quartier à Maillé. Pour moi, je demeurai à Tours, où je fus retenu par le grand nombre de mes parens et de mes amis que j'y trouvai, et je pris un logement dans le faubourg Saint-Symphorien.
Le duc de Mayenne, armé pour venger la mort du duc de Guise, et pour soutenir l'intérêt de la Ligue, n'avait pas dessein de nous y laisser tranquilles. Il marcha vers cette ville avec toute son armée. Le roi, qui était allé se. promener à Marmoutier ^ sans armes, et suivi seulement de vingt chevaux, manqua de bien peu à être pris, et fut obligé de regagner Tours avec précipitation. Les faubourgs n'ayant pour tous retranchemens que de méchantes barricades construites à la hâte par six ou sept régimens royalistes, qui les défendaient, je quittai le faubourg Saint-Symphorien, et^fis transporter tout mon équipage dans la ville. Ma précaution fut taxée de timidité par les officiers ; mais elle ne tarda pas à être justifiée. Le duc de Mayenne attaqua le faubourg. On l'arrêta quelques momens, à la faveur de cinq ou six maisons, sur le haut de la colline, où Ton s'était posté; il fallut bientôt les abandonner, pour se
« valent mieux cju'nn Carolus. » [Matthieu, t. i , p. 752.) Le duc de Mayenne s'appelait Charles. ' Abbaye proche Tours.
Iklfi MJSyiOIRES DE SULLT.
retrancher derrière les barricades : comme on s'attendait à les voir bientôt insultées, chacun profita de cet intervalle pour aller manger un morceau à la hâte.
Je trouvai le roi à la porte de la ville , qui m'y fit rentrer, en me diisant qu'inutilement on s'opiniâti-erait à défendre les faubourgs. En effet, les barricades ne tinrent pas devant le canon des ennemis. Elles furent forcées tout d'abord ; et, comme on n'y était point soutenu par un fossé, la retraite dans la ville se fit à découvert , et avec tant de confusion, que je me suis toujours étonné que les ennemis n'aient pas tué ou pris tout ce qu'il y avait de soldats dans les faubourgs, et même qu'ils ne soient pas entrés avec eux dans la ville. Deux pièces de canon leur suffisaient pour cela. J'aperçus toute cette déroute du couvent des Jacobi]ijK|<]ui donne sur les murailles de la ville; et, craigtXiit que le mal ne devînt encore plus grand, j'accourus avec mes frères à la porte par où tout le monde entrait si confusément; à la faveur de quelques petits retranchemens que nous fîmes faire , nous diminuâmes le danger : avec im peu de temps et d'ordre, tout entra, et l'on ne song^ plus qu'à terrasser la porte , et à y faire bonne garde.
Personne ne doutant plus que la ville ne fut Hssiégée en forme, je me joignis avec Chàtillon et