‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 116 sur 231 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

quelques autres, et nous allâmes prier le roi de nous confier la défense de quelque poste important. Il nous donna l'île, où nous fîmes travailler sans interruption depuis ce moment jusqu'au lendemain matin, que le roi vint lui-même visiter notre ouvrage, et, en m'adressant la parole, donna beaucoup de louanges à notre diligence. Elle fut inutile. A la première nouvelle de ce qui se passait, le roi de Navarre accourut avec ses troupes, et parut devant la ville au bout de trois heures. Le duc de Mayenne ne l'attendit pas ; il se retira après avoir fait le dégât dans les faubourgs et aux environs. Un service de cette importance donna de grandes espérances, de l'alliance des deux princes, et fit regarder à çj^x de Tours le roi de Navarre * comme leur libératieur.

Les deux rois passèr^tfCa^ml <yti dix jours ensemble, après quoi on s4^jif|^|)art tfbur l'expédition qui avait été projetée||Mr larVilfe de Poitiers. Pendant qu'on y travaillait, le roi de'^Navarre me commanda avec trois cents chevaux et pareil nombre d'arquebusiers , qu'on fit aussi monter à cheval pour contenir Chartres, dont on découvrit que Main tenon ^ travaillait sourdement à

' Henri IV loua hautement, la conduite de Henri III, qui montra beaucoup de valeur en cette occasion. Mém, de Ncvers , t. 2, p. 589.

" Louis d'Angennes, seigneur de Maintcnon. .^

s'emparer au nom de la Ligue. Je fis provision d'échelles , de pétards et autres instrumens , et nous vînmes d'une traite à Bonneval, sans avoir rien mangé de tout le jour. Quelques prisonniers que nous fîmes sur im détachement de vingtcinq maîtres nous apprirent qu'il y avait en campagne un parti de quatre cents chevaux ennemis, ayant à leur tête Brosse % Saveuse, et que Reclainville^, qui conduisait les vingt-cinq maîtres, nous avait pris pour la ^troupe de cent ou cent vingt chevaux avec laquelle Lorge' venait de surprendre Châteaudun : ce qui nous fit juger que ce parti de quatre cents chevaux chercherait à nous joindre, et nous avions la même envie de notre côté. Nous laissâmes nos arquebusiers suivre doucement le chemin de Chartres, et, prenant par les coteaux pour |Hluv^r atteindre l'escadron ennemi, nous liQUi^Tclifiâln trames au haut d'un colline que chaqueJtvoilpB avait montée de son côté ; de manière que nous r\e pûmes nous voir que lorsque nous fûmes à deux cents pas les uns des autres.

On en vint aux mains sans délibérer (le i8 mai),

' Charles de Saveusc, et Anne de Brosse, son frère, de la maison de Tiercelin.

• Louis d'Alonville , sieur de Reclainville ou l'Arclainville, commandant dans Chartres pour le duc de Mayenne.

^ N.... de Montgommery de Lorge.

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