LIVRE TROISIÈME
trouva , dans son appartement ce prince , qui venait de rendre sans douleur ni sang le lavement qu'on lui avait fait prendre. Il s'approcha du lit de sa majesté , avec toute l'inquiétude que peut causer l'amitié la plus vive. Le blessé le rassura de sa propre bouche , en lui disant qu'il croyait que sa blessure n'aurait aucune suite fâcheuse, et que Dieu lui prolongerait la vie, pour le mettre en état de lui donner de nouvelles preuves de son affection. Le roi de Navarre perdit une partie de son appréhension par la manière dont le malade prononça ces paroles, et ne voyant d'ailleurs aucun symptôme mortel, il le laissa prendre du repos, sortit de sa chambre , et retourna à Meudon , où était son quartier.
Mon appartement;, était au pied de ce château, chez un nommé Sauvât , où je me retirai , pour souper , après avoir accompagné le roi de Navarre
a fait chrétiens : il pardonna à ses ennemis, et même à Clément, « dit rhistorien Matthieu, etc. » Voyez plus en détail sa mort dans les historiens. Son caractère se connaît assez par tout ce qui en a été dit dans ces mémoires. Il fut nommé au baptême Edouard-Alexandre, par Edouard VI, roi d'Angleterre, et par Antoine, roi de Navarre; mais Catherine lui fit prendre dans la suite le nom de son père.
On a dit que dix-sept ou dix-huit personnes , qui avaient ramassé des cendres de Clément dispersées par le vent, s'étant mises dans un bateau avec ces cendres, le bateau fut englouti dans la Seine avec toute sa charge.
256 MEMOIRES DE SULLT.
jusqu'à ce qu'il fut descendu de cheval. Je venais de me mettre à table, lorsque je vis entrer Feret, son secrétaire, qui me dit : « Monsievir, le roi d^ a Navarre, et peut-être le roi de France, vous ce mandent dans l'instant. » Je tressaillis à ce discours, et, sans m'arrêter, je montai au château avec lui. Il me dit pendant le chemin que d'Orthoman venait de faire savoir au roi de Navarre , par un exprès , que , s'il voulait trouver le roi en vie , il n'avait pas un moment à perdre.
Jq montai droit à l'appartement du prince , où pendant qu'on nous sellait des chevaux, il me fit l'honneur de me consulter sur la conjoncture présente. Les différentes réflexions dont mon esprit se remplit en ce moment me tinrent quelque temps dans le silence. Le roi n'était pas moins agité. Ce n'était plus ni la réussite d'une petite négociation, ni le succès d'un combat , ni un petit royaume tel que la Navarre dont il s'agissait ; c'était de la plus belle monarchie de l'Europe. Mais combien d'obstacles à surmonter pour y parvenir ! et par quels travaux ne fallait-il pas l'acheter ! Tous ceux que le roi de Navarre avait soufferts jusqu'à ce moment pouvaient , en comparaison , être comptés pour rien. Comment abattre un parti si puissant et si accrédité, qu'il avait fait trembler un roi affermi sur le trône , et l'avait presque réduit à en descendre? Cette difficulté, déjà si grande.