‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 127 sur 231 · I LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

I LIVRE TROISIÈME

détail, comme n'ayant rien d^ssez intéressant après celui de la journée d'Arqués. Cependant le roi se trouva exposé à un péril plus évident dans l'une de ces rencontres , où , se croyant loin des ennemis , et s'exerçant avec nous dans une prairie à une espèce de jeu militaire , il essuya une décharge de deux cents fusiliers, qui s'étaient mis en embuscade, le ventre à terre entre deux haies , à deux cents pas au plus de l'endroit où nous étions.

Il est certain que tout autre que Henri aurait été infailliblement accablé avant que d'avoir reçu les secours qu'on lui préparait ; mais , par sa valeur ' et son habileté à disputer le terrain , il donna le temps à quatre mille Anglais et Écossais , que lui envoyait la reine Elisabeth , de passer la mer , et ce renfort fut bientôt suivi d'un plus grand , que lui amenèrent MM. le comte de Soissons , Henri d'Orléans , duc de Longueville , d'Au-

' « Sixte V pronostiqua que le Béarnais aurait le dessus; , « puisqu'il n'était pas plus long-temps au lit que le duc de

« Mayenne était à table Le duc de Mayenne était extréme-

« ment lent. S'il n'y va pas d'une autre façon , dit le roi , je « suis assuré de le battre toujours à la campagne. » {Pcréf, ihid. 2* partie.) Le même pape appliqua à Henri IV, après la journée d'Arqués , ces paroles : Super aspidem et basiliscum ambulabls, et conculcabis leonem et draconem : entendant par i'aspic le duc de Mayenne, par le basilic le duc de Savoie, le roi d'Espagne par le lion , et lui-même par le dragon.

^a'jÔ MElfOIRES DE SUIXT.

si msA acquitté de catte fonction , que le duc de Mayenne parut avec toute son armée à la vue de Paris presqu'au moment que nous y entrions nousmêmes.

Le roi jugea que par là son entreprise devenait impossible , et que , quand même nous nous serions emparés de la ville (<te qui fût infailliblement arrivé, du moins de notre côté), une armée ainsi dispersée dans une ville de Tétendue de Paris aurait couru risque d'y être accablée , ayant en même temps à soumettre un peuple innombrable au-dedans, et à se défendre au-dehors contre une armée qui y serait entrée après nous , ou qui nous y aurait assiégés. C'est ainsi q*e l'ardeur qui animait ce prince dans les combats ne l'emportait js^ais au point de l'empêcher de prendre conseil de la prudence. Il crut avoir assez fait que d'avoir jeté l'épouvante dans le cœur de cette ville , qui osait le mépriser, et lui avoir fait connaître ce qu'elle avait à craindre de lui. Une partie des feubourgs fut pillée : nos soldats ne sortirent point

, Cette attaque se fît le jour de la Touâ^ûnt, sur un avis que Jacques Corbinelli , gentilhomme florentin, (iotma à Henri IV par ces trois mots : Prenez, venez, venez, écrits sur un petit rouleau de papier, que le porteur tenait dans sa bouche, enfermé dans un tuyau de plume : elle manqua faute de canon pour enfoncer les portes. Matthieu, tome 2, liv. 3 , page 17 ; Cayet, tome i,page 170.

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