LIVRE TROISIÈMJS
qiiefois, mot pour mot, ce qui était sorti de sa bouche, m'ordonna de mettre quelque ordre dans mon |pftvail et de l'étendre. J'y trouvais de grandes diffîètiltés : celle qui me venait de mon style n'était qu'une des moindres ; mais, sur le commandement réitéré de sa majesté , et sur la promesse qu'elle me fit de le corriger de sa main , je repris et continuai ce travail plus assidûment. Voilà ce qui a donné naissance à ces mémoires. Je reviens à mon sujet.
L'armée de la Ligue s'attacha de son côté à Pontoise , qu'elle prit : après quoi elle alla mettre le siège devant Meulan. Comme je jugeai cette place d'une extrême importance pour le roi, je cherchai tous les moyens d'y faire tenir de la poudre * et d'y faire entrer quelqu'un de cqpfiance qui exhortât les assiégés à tenir: bip^^usqu'à l'arrivée d'un prochain secours : cç qute j^éputai en y faisant passer un homme à la nage. J'envoyai en même temps avertir le roi de ce qui se passait et lui demander du secours. Sur mes instances redoublées, ce prince se détermina à y venir luimême , mais avec beaucoup de chagrin de s'éloigner d'autres endroits où sa présence n'était pas moins nécessaire. « Par votre importunité, je
' Le duc de Sully est nommé avec distinction dans le détail de ce siège par de Thou, liv. 98, et P. Matthieu , tome 2 , page a2.
aSo MEMOIRES DE SULLY.
« m'achemine au secours de Meulan »; c'est ainsi qu'il m'en écrivit : « S'il m'en arrive inconvénient, « je vous le reprocherai à jamais. » ^^était, ce me semble , assez difficile qu'il ne lui ehârrivât pas , ce prince ayant laissé toute son infanterie devant Honfleur , et n'amenant avec lui qu'un escadron si modique, qu'il ne pouvait pas le soutenir contre une armée entière qui pressait Meulan , et qui lui tombei'ait sur les bras sitôt qu'on y aurait appris qu'il était si mal accompagné.
C'est ce que je pris la liberté de lui représenter. Effectivement, il ne fut pas plus tôt parti de Verneuil pour gagner Ivry , qu'étant allé à la découverte , je vis que l'armée entière de la Ligue , sans doute instruite de sa marche, venait droit à lui. Il fut obligé HAjjpnjnAy||rirlf> et dc regagner Ver-.
neuil. Il n'étaJlÀ&lbÎEytt&^ire à ce prince de reculer (\fr 1 nJxJ^ItÉJlf W ' aussi ne le fit-il pas sans beaucoup -de^lMpit. Il m'accusa , dans ce premier mouvement de colère, de l'avoir exposé à cet affront , et de m'être moins soucié de sa réputation que du soin de préserver mes terres du pillage en l'y appelant. Il m'était facile de me justifier; et ce prince , qui comprit l'importance d'une place telle que Meulan , donna ordre à son armée de venir le joindre , ce qui fit l'effet que je m'en étais promis. Les ennemis , voyant l'armée en marche , commencèrent à retirer leur canon en-