LIVRE TROISIEME. a8l
deçà de la rivière, et, sans lever entièrement le siège , ils en abandonnèrent le soin pour veiller à n'être pas surpris.
Après que j'eus fait ce rapport au roi , ce prince jugea à propos de précipiter sa marche , pour éviter tout inconvénient qui eût pu lui faire perdre Meulan, et il me donna les coureurs de son armée, afin que je pusse, en attendant son arrivée , inquiéter toujett*s les assiégeans. Il vint peu après, et entra dans le font, où, voulant observer l'armée ennemie ^ , il monta avec quelques-uns de nous dans le clocher. Les assiégeans ayant pointé en ce moment une batterie contre ce clocher, ils en ruinèrent si bien le degré, que, lui et nous, nous fûmes obligés d'en descendre à l'aide d'une corde et d'un bâton passé entre nos jambes. Le «roi fit dresser en cet endroit quatre pièces de canon , pour leur rendre la pareille, et ce fut encore contre mon sentiment, parce que je prévoyais que les ennemis les auraient bientôt démontées : ce qui arriva effectivement avant qu'on eût pu en tirer le moindre service ; et les assiégeans y firent de plus un si grand feu tout le jour, qu'il, fallut attendre que la nuit fût venue pour retirer ces quatre pièces. Les ennemis, qui avaient mis la
' « Comme Henri IV montait au clocher de Saint-Nicaîse , c( un boulet de canon lui passa entre les jambes. » Matthieu , ibid. 24.
aS^ MEMOIRES DE SULLT.
rivière entre le roi et eux , firent encore un effort terrible sur le pont qui est par-delà ; mais aussi ce fut le dernier : le roi étant venu se poster aux Orgreux , ils eurent peur d'être coupés , et décampèrent tout-à-fait.
Le marquis d'Alègre ' réussit mieux à se saisir de Rouen pour la Ligue. J'en reçus la nouvelle à Rosriy. Le roi , qui aurait tout tenté pour empêcher cette prise , se mit inconâlfent en marche vers Rouen ; mais il apprit en *ftpivant à Gaillon que le mal était sans remède; en échange il alla assiéger Dreux, après m'avoir mis en garnison dans Passy. Le duc de Mayenne , qui venait d'être renforcé de toute l'armée des Espagnols , passa la rivière , et se rendit aux environs de Mantes et de Rosny», résolu de faire lever ce siège.
L'aVant-garde de cette armée, que conduisait un de mes parens , et qui portait mon nom , eut ordre du général de se saisir, chemin faisant, de Passy. Je donnai avis de son approche au roi, qui , pour toute réponse , me laissa le maître de foire tout ce que je voudrais. Je résolus de me défendre , et , quoique M. de Rosny m'écrivît luimême pour me représenter qu'il y avait de la témérité à me laisser forcer dans une place qui n'avait pas même de murailles , et me fit offrir des
' Christophe d'Alègre, gouverneur de Gisors.