‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 131 sur 231 · LIVRE TROISIÈME. a · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. a

conditions t;rès-avantageuses ' , il ne put rien gagner sur moi. Je le remerciai de sa fausse politesse , et je me mi^ dès la nuit même à faire creuser im fossé qui mît du moins la garnison à couvert. Heureusement l'ennemi n'avait pas dessein de perdre du temps à une prise si médiocre , et n'avait voulu que s'en emparer en passant. Le lendemain le bruit des bagages me fit comprendre que l'armée avait poursuiy^ sa route, ce qui me tira d'une grande inquiétude. ^Pendant cette nuit , que je passai toute entière dehors à fortifier Passy , je crus voir distinctement deux armées en l'air ^ qui

' P. Matthieu parle de ce fait précisément comme nos mémoires; il rapporte même la réponse du duc de Sully dans les propres termes dont il se servit. « Voilà le roi qui est prêt à « donner la bataille, dites au duc de Mayenne qu'il pense à la « gagner, et puis je penserai si je me dois pendre. » La seule différence dans les deux écrits est que cet ofQcier ennemi, qui est nommé ici Rosny , et parent du baron de Rosny, est, selon Matthieu, le baron de Rosne, qui était en effet Tun des ofGciers généraux de la Ligue. Cependant il paraîtra comme impossible à ceux qui liront cette particularité dans les mémoires de Sully que Terreur soit de leur côté. Confrontez les deux écrivains : Economies royales ^ etc., tome i, page 71, et Matthieu , tome a, liv. i , page 25.

• Davila , qui remarque aussi ce phénomène, liv. 1 1 , le décrit en cette manière : « Les tonnerres, les foudres et les éclairs, s*eu- « tremélant aux ténèbres, les rendirent encore plus effroya- « blés qu'elles n'étaient, et il tomba tout à coup de si grosses « ravines de pluie , que toute l'année en fut en alarme.... Ce qui « augmenta la frayeur , ce fut une ptodigieose apparition qui

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en venaient aux mains. Je ne sais si c'est réalité ou illusion ; mais cet objet me demeura si avant dans l'esprit, que je ne fus nuUement surpris à la lecture d'une lettre que je reçus le lendemain du roi. Il me mandait que l'armée du duc de Mayenne, jointe aux Espagnols , s'était approchée à dessein de lui livrer bataille , qu'il s'était attendu au combat dès la veille du jour qu'il m'écrivait , mais que tout ce jour s'était j)a$sé à escarmoucher, à se loger, et à prendre ses avantages, et que l'action générale avait été remise au lendemain. La lettre finissait par ces mots : « Je vous a conjure donc de venir , et d'amener tout ce que « vous pourrez , surtout votre compagnie et les a deux compagnies d'arquebusiers à cheval de a Badet et de James , que je vous ai laissées , car « je les connais , et m'en veux servir. »

Je compris que, sans une très-grande diligence, j'arriverais trop tard pour le combat avec ces compagnies, dont je voyais que le roi avait un extrême besoin , étant de beaucoup inférieur en nombre aux ennemis. Je ne perdis pas un moment, et je fus assez heureux pour arriver une

« se fit au ciel incontinent qu'il eut cessé de pleuvoir; car alors, '( durant le bruit des tonnerres qui épouvantaient les plus har- « dis , furent remarquées manifestement deux grosses armées « qui s'entre-choquèrent quelque temps, puis, se couvrant u d'un épais nuage, disparurent aux yeux des regardans, qui « ne purent voir Teffet de ce combat. »

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