‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 14 sur 231 · LIVRE PREMIER. l · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. l

redonner à leur branche ce qui lui manquait pour soutenir dignement son nom : mais toutes ces richesses furent presque entièrement dissipées par le ifiauvais ménage et la prodigalité démon grandpère ' , qui ne laissa à son fils , qui est mon père , que le bien d'Anne de Melun , sa femme , qu'il ne pouvait pas lui ôter.

Pour ce q[ui me regarde personnellement, j'entrais dans ma onzième année au temps que je parle, étant né le i3 décembre i56o. Quoique je ne fusse que le second^ de quatre enfans mâles, qu'avait mon père, les incommodités naturelles de mon frère aîné ^ faisaient que dès-lors mon père me regardait comme celui qui devait être le chef de sa famille; et toutes les marques d'une complexion forte lui parlaient encore en ma fa-

* Jean de Béthune, baron de Baye. Il épousa Anne de Melun, fille de Hugues de Melun, vicomte de Gand, et de Jeanne d3om ; elle était dame de Rosny. Il se remaria, après sa mort, à Jeanne Du Pré , simple demoiselle. Il vendit les seigneuries des Hauts-Bois d*Avriancourt , Novion , Caumartin , Baye, Banay, Taluz, Loches, Villerenard, Châtillon, etc. Duchesne y ibid,

■ François de Béthune, baron de Rosny, etc., eut six enfans mâles; mais l'auteur ne compte point deux de ses frères, Jean et Charles, morts jeunes. Les quatre autres sont , Louis , Maximilieu , Salomon et Philippe de Béthune : il sera parlé dans la suite de chacun d'eux.

^ Louis, qui se noya dans un torrent; il était âgé de vingt ans.

i4 jajÊOimss DE scixT.

veur. Mes parais m'élevèrent dans les sentmieiis et la doctrine des réformés; et j'en ai fait cùas^ tamment profession, sans que les menaces, les promesses, les différens événemens, ni le idiaogement même du roi, mon protecteur, et ses plus tendres sollicitations, aient été capables de m y £ûre renoncer.

Henri \ roi de Navarre, qui aura b princîpiade part dans ces mémoires, était de sept ans plus âgé que moi, et touchait à sa dix-huitième année *

' « La maison de Boarbon, defHiis Louis EK jusqu'à Henri IV, < ayait presque été toujours négligée , et réduite à un tel degré '< de pauvreté y que le fameux prince de Condé, frère d'Ant toine, roi de Navarre, et oncle de Henri le Grand, n'avait « que six cents livres de rente de son patrimoine. » ( Essai sur les guerres civiles. ) Ces paroles de l'auteur de la Henriade in* duiraient facilement en erreur, si l'on n'avertissait pas en même temps 9 sur la foi d'un historien bien instruit , que les biens de la maison de Bourbon étaient alors de plus de huit cent mille livres de revenu, en terres seulement : ce qui fai^t en ce temps-là un très-riche apanage. Il est vrai qu'elle ne possédait plus rien de l'ancien apanage de Bourbon , ni même de la maison de Moncade, tige maternelle, les biens de ces deux maisons ayant été aliénés pour racquisition du vicomte de Narbonne. Des alliances très-riches et très-illustres l'avaient mise en possession de ces grands biens. (Pierre Matthieu , Histoire de Henri IV ^ t. a , p. i et 2.) Consultez aussi , sur ces alliances et sur la généalogie de la maison de Bourbon, la Chronologie novcnnaire de Pierre-Victor- Cayet, t. i, liv. i, fol. 2^7 , et nos autres historiens.

* Il vint au monde le i3 décembre i553, à Pau en Béanu

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