LIVRE PREMIER. l
lors de la paix de 1570. Une physionomie noble, ouverte et engageante, des manières aisées, vives et enjouées, une adresse particulière dans tous les exercices propres à cet âge , faisaient pencher tous les cœurs de son côté. Il commença de bonne heure à donner des marques ' des grandes qualités
Péréfixe rapporte sur sa naissances des particularités assez curieuses, « Henri d'Albret, son grand-père fit promettre à sa « fille que dans Tenfantement elle lui chanterait une chanson, « afin, lui dit-il, que tu ne me fasses pas un enfant pleureux « et rechigne. La princesse le lui promit, et eut tant de cou- « rage, que, malgré les grandes douleurs qu'elle souffrait, elle « hii tint parole , et en chanta une en son langage béarnais « aussitôt qu'elle l'entendit entrer dans sa chambre. On remar- « qua que l'enfant, contre Tordre commun de la nature, vint au « monde sans pleurer ni crier. Son grand-père l'emporta dans « sa chambre : il lui frotta ses petites lèvres d'une gousse d'ail, « et lui fit sucer une goutte de vin dans sa coupe d'or, afin « de lui rendre le tempérament plus mâle et plus vigoureux. » Péréf. Hist. de Henri le Grand, P* i5, édition d'Ét. Lcdoux. Cayet, t. i, liv. i, p. 241.
* « Ce jeune prince, âgé seulement de treize ans, eut l'esprit « de remarquer les fautes du prince de Condé et de l'amiral « de Coligny : car il jugea fort bien , à la grande escarmouche « de Loudun, que, si le duc d'Anjou eût eu des troupes prêtes «c pour les attaquer, il l'eût fait , et que, ne le faisant pas, il était a en mauvais état, et partant il fallait l'attaquer au plus tôt ; « mais on ne le fit pas, et ainsi on donna le temps à toutes ses « troupes d'arriver... A la journée de Jarnac, il leur remontra « encore judicieusement qu'il n'y avait pas moyen de com- « battre, parce que les forces des princes étaient éparses, et « que celles du prince d'Anjou étaient toutes jointes ; mais ils « s'étaient engagés trop avant pour pouvoir reculer... Il s'écria
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poiir la guerre, qui l'ont si fort distingué parmi les autres princes. Vigoureux et infatigable, grâce à l'éducation * de son enfance , il ne respirait que
« à la bataille de Moncontour : Nous perdons notre avan- « tage, et la bataille par conséquent. Il avait alors seize ans. » Péréf. ibid.
' « Il fut élevé au château de Coarasse en Béam , situé dans
« les rochers et dans les montagnes Henri d'Albret voulut
' « qu'on rhabillât et qu'on le nourrît comme les autres cnfans « du pays , et même qu*on l'accoutumât à courir et à monter « sur les rochers On dit que pour l'ordinaire on le nourri rissait de pain bis, de bœuf, de fromage et d'ail, et que <« bien souvent on le faisait marcher nu-pieds et nu-téte. » Péréf. , ibid»
Il fut appelé au berceau /7r//ice de Viane: on lui donna, peu de temps après, le nom de duc de Beaumont^ puis celui de prince de Navarre, La reine de Navarre, sa mère, prit un trèsgrand soin de son éducation , et lui donna pour précepteur La Gauchcne, homme savant, mais chaud calviniste. « Ayant « été présenté (encore enfant) à Henri II , il lui dit : Voulez- « vous être mou fils ? Le petit prince répondit en Béarnais : « C'est celui-là qui est mon père (montrant le roi de Navarre). « Eh bien, voulez-vous être mon gendre? Oui bien, répon- « dit-il. Ce mariage fut dès-lors arrêté.... A Bayonne, le duc « de Médina dit en l'envisageant : Il m'est avis que ce prince « ou est empereur, ou le doit être: » ( ChronoL noven. de Cayet, t. I , liv. I , p. 241 et suiv.) On trouve dans les Mémoires de Nevers quelques lettres écrites en i567 , par des principaux magistrats de Bordeaux , qui contiennent des particularités intéressantes sur la personne du jeune Henri. « Nous avons <f ici le prince de Béarn. Il faut avouer que c'est une jolie « créature. A l'âge de treize ans, il a toutes les qualités de « dix-huit et dix-neuf; il est agréable , il est civil , il est