‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 16 sur 231 · LIVRE PREMIER. I · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. I

le travail , et paraissait attendre iinpatieinment les occasions d'ac(juérir de la gloire; La couronne de France n'étant pas encore un objet auquel ses désirs pussent s'attacher, il aimait à s'entretenir des moyens de recouvrer celle de Navarre, que l'Espagne avait si injustement usurpée sur sa maison; et il comptait pouvoir en venir à bout en entretenant des intelligences ' secrètes avec les

« obligeant.... Il vit avec tout le monde d*un air si aisé, qu*on « fait toujours la presse où il est. Il agit si noblement en toutes o choses, qu'on voit bien qu'il est un grand prince» Il entre « dans les conversations comme un fort honnête homme. Il « parle toujours à propos, et, quand il arrive qu'on parle de « la cour, on remarque assez qu'il est fort bien instruit^ et « qu'il ne dit jamais rien que ce qu'il faut dire en la place où « il est. » Dans une autre : « Quoiqu'il ait le poil un peu ar- « dent , les dames ne l'en tiouvent pas moins agréable. Il a le « \isage fort bien fait , le nez ni trop grand ni trop petit , les « yeux fort doux, le teint brun, mais très-uni; et tout cela « est animé d'une vivacité si peu commune, que, s'il n'est pas R bien avec les dames, il y aura bien du malheur. » Dans une autre : « Il aime le jeu et la bonne chère. Quand l'argent lui « manque , il a l'adresse d'en trouver , et d'une manière toute « nouvelle et toute obligeante, pour les autres aussi-bien que « pour lui : c'est-à-dire qu'il envoie à ceux ou à celles qu'il n croit de ses amis une promesse écrite et signée de lui , et « prie qu'on lui envoie le billet ou la somme qu'il porte : jugez « s'il y a maison où il soit refusé : on tient à beaucoup d'hon- « neur d'avoir un billet de ce prince, etc. v Tome a, p. 586.

' « Ma brebis, disait Henri d'Albret, a enfanté un lion... » Il disait encore , par un pressentiment secret , « que cet enfant

^g Ml^MOIRES DE SULLT.

ivlorisques en Ë9f agne. La haine qrfil portait à cette puissance ét^it déclarée, et^iie s'est j^imais démentie : aussi était-elle née avec lui. Il seQtit échauffer son courage au récit de la bataille de Lépante * , qui fut donnée dans ce temps-là , au point qu'une pareille occasion de se signaler contre les infidèles devint un de ses souhaits les plus ardens. Il ne perdait que rarement de vue les espérances vastes et flatteuses que les çlevins s'accordaient à lui faire concevoir; il en voyait le fondement dans l'affection que Charles IX parut bientôt prendre pour lui , et qui redoubla encore plus fortement peu avant sa mort : mais tout rempli qu'il était de ses destinées, c'était en secret qu'il travaillait à les seconder; et il ne s'en 'ouvrait jamais à personne qu'à un petit nombre de confidens intimes.

Pour se former une juste idée, soit de l'état général des affaires du gouvernement de France, soit de celui du jeune prince de Navarre en particulier, et de ce qu'il pouvait avoir à craindre ou à espérer au temps dont nous parlons , il est nécessaire d'exposer sommairement les différentes

«devait le venger des injures que TEspagne lui avait faites. » Péi'éf, ibid.

• Gagnée en 1 571 contre les Turcs, par don Juan d'Autriche, fils naturel de Charles- Quint, généralissime des troupes espagnoles et des Vénitiens.

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