LIVRE TROISIÈME. îigg
était fermée par les deux compagnies d'arquebusiers de James et de Badet. Elles étaient si maltraitées, qu'on n'y voyait que des têtes bandées et des bras en écharpe. Une partie de ces braves soldats étaient même obligés de se faire porter.
En arrivant sur le coteau de Beurons, nous aperçûmes toute la plaine couverte de chevaux et de chiens, et le roi lui-même qui, après un léger repas , s'en retournait de Rosny à Mantes en chassant dan^, ma garenne. Ce spectacle parut le réjouir, il en troilva l'ordonnance heureuse, et rit de la vanité deMaignan, qui avait l'honneur d'être connu de ce prince depuis que son père, fort brave homme, s'en était fait remarquer à la prise d'Eause. Le roi s'approcha de mon brancard , et ne dédaigna pas, à la vue de toute ma suite, de descendre à tous les témoignages de sensibilité qu'un ami, s'il m'est permis de me servir de ce terme, pourrait rendre à son ami. Ne pouvant me jeter à ses pieds pour lui en marquer ma reconnaissance, je l'assurai, comme je pus, que je souffrirais avec plaisir mille fois davantage pour son service. Il s'était fait instruire de tous les hasards que j'avais courus dans le combat. Il me demanda avec une inquiétude obligeante si toutes mes plaies étaient de nature à pouvoir espérer d'en guérir, du moins sans être mutilé de quelque partie du corps : ce qu'il regardait presque comme
3lO MÉMOIRES DE SULLT.
Pour justifier une action aussi blâmée en soi par les gens du métier qu'elle sera louée dans son
A Ligue et si les Espagnols oDt si peu de compassion de ces • pauvres gens-là, ils n'en sont que les tyrans; mais, pour « moi , qui sois leur père et leur roi, je ne puis pas entendre « le récit de ces calamités sans en être touché jusqu'au fond « de Tàme, et sans désirer ardemment d*y apporter remède. » Péréf 2* partie.
Le cardinal de Gondi , évêque de Paris , ayant été député pendant ce siège pour faire à Henri IV des propositions de paix : a Je ne suis point dissimulé, leur dit-il, je dis rondement tt et sans feintise ce que j'ai sur le coeur.... Je veux la paix, je « la désire : pour avoir une bataille, je donnerais un doigt, « et pour la paix générale, deux. J'aime ma ville de Paris, c'est « ma fille aînée, j'en suis jaloux ; je lui veux faire du bien, plus fc de grâces et de miséricordes qu'elle n'en demande ; mais je a veux qu'elle m'en sache gré, et non au duc de Mayenne, ni « an roi d'Espagne. » Il faut ajouter que Henri IV s'attendait que les Parisiens composeraient avec lui avant l'arrivée du duc de Parme. L'extrémité où cette ville se vit réduite fait en même temps horreur et compassion. Trente mille personnes moururent de faim dans l'espace d'un mois. Des mères s'y noorrirent de la chair de leurs enfans. On déterra, par le conseil de l'ambassadeur d'Espagne, les corps morts, et on se servit de leurs os broyés pour composer une espèce de pâte. Ce mets détestable coûta la vie à la plupart de ceux qui en mangèrent. Voyez ce détail dans les historiens , et en particulier dans le tome a des Mémoires d* état de VUleroi, page 358 et suiv. Lisez aussi sur ce sujet les beaux vers dé la Henriadcy chant lo.
Lés Parisiens eurent la principale obligation de leur salut au duc de Nemours, dont la belle défense a reçu de grandes louanges de nos écrivains. Le peuple le secondait avee un acharnement dans lequel il y avait plus de fureur que de courage. On y YÎt on régiment de prêtres et de religieux, capu-