LIVRE QUATRIÈME
La nuit se passa et le jour vint sans qu'il parût d'ennemis. Je les avais attendus en veillant sur les remparts toute la nuit avec un de mes frères , pendant que l'autre était demeuré près de la personne du i^fe. J'allai m*^ reposer jusqu'à ce que BellengreviHé^ que j'arvais chargé d'observer au dehors lesmouvemens des ennemis, vint me trouver, et m'apprit que le duc de Mayenne, sur l'avis qu'il avait i^Ëf|àlj, qu'il était arrivé le soir dans Mantes dasi^gens ée guerre conduits par le roi lui-^ même, avait îiigét{ue son dessein était découvert, et s'était retiré'tiijpi^ s'être avancé jusqu'à Bourgenville. Il assura la même chose au roi , à qui je le menai , et produisit , pour preuve de la vérité de son rapport , deux charrettes chargées d'échelles de cordes et d'autres instrumens semblables, que les ligueurs , s'imaginant déjà voir le roi à leurs trousr ses , avaient abandonnées dans la campagne pour se retirer plus promptement. La chose devint pu-^ blique et sans retour, parce que les soldats , qui de part et d'autre s'échappèrent, ne purent se taire.
Le roi réussit mieux à l'égard de Louviers. Cette ville tenait à ses gages un prêtre nommé Jean de La Tour, qui, du plus haut clocher, d'où il ne sortait point, faisait le guet avec beaucoup d'exactitude. Dès qu'il voyait paraître quelqu'un dans la campagne, n'y eut-il qu'une personne seule, il mettait ime certaine cloche en branle , et attachfîpt
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en dehors, du même coté, une grande banderole. On ne désespéra pas de tenter sa fidélité , et deux cents écus au soleil , avec la promesse d'un béné* fice de trois mille livres de revenu, le corrompirent. Il restait à gagpier quelquiw de la garnison. Le sieur du Rolet s'en chtfgea, et n'y réussit pas moins bien. Il s'adressa à un caporal et à deux soldats , qui accoutumèrent aisément le reste de la garnison à leur conficf^.ja garde d'une des portes , et à les y laisser s^ila^ Tûuft étant ainsi conclu, le roi se présenta devanflxNiviers à onze heures du soir; personne ne scMUia au clocher, ni
ne remua dans la garnison. Du RoUet efiti*a, et fit
ouvrir la porte , par laquelle le roi vint sans la moindre résistance jusque dans le centre de la ville. Fontaine-Martel fit quelques efforts inutiles pour rassembler la garnison. Pour les bourgeois , ils ne s'occupèrent que du soin de cacher leurs femmes et leurs filles. La ville, dont la principale richesse consiste dans ses magasins de toiles et de cuirs , fut entièrement pillée. J'avais avec moi un gentilhomme nommé Beaugrard, qui était deLouviers même; il nous fut d'un grand secours pour déterrer toutes les caches où étaient ces sortes de marchandises. Il en fit amasser une quantité prodigieuse, dont le produit partagé revint pour moi à trois mille livres. Le roi donna Louviers à garder 4 du Rollet.