LIVRE QUATRIÈME
un mal sans remède , et qu'il était obligé de dissimuler. Il me fit remarquer que , dans ce moment même qu'il me parlait , MM. de Nevers , de Longueville , de La Guiche , d'O et de Châteauvieux , jaloux de ce qu'il entretenait si familièrement un huguenot, nous observaient malignement d'un coin de la salle, où ils se parlaient sans cesse à l'oreille; que pour cette raison il fallait nous séparer, et qu'il allait être obligé de leur dire que notre entretien n'avait roulé que sur une négociation avec le marquis de Villars , dont le roi me communiqua en effet l'idée dans cette même conversation.
Il n'eût pu arriver rien de plus avantageux au roi que de faire finir l'affaire du siège de Rouen par un traité avec Villars , dont l'effet eût été de le dégager de la Ligue et de le mettre dans son parti. Ce prince le souhaitait passionnément, moins encore pour l'honneur de son entreprise que pour l'avantage de s'attacher un homme tel que ce gouverneur. Il avait imaginé que la chose pouvait s'exécuter par le moyen de Lafont , pour lequel Villars avait une grande considération, quoiqu'il ne fût que son maître-d'hôtel. Le roi n'ignorait pas que Villars avait reçu ce domestique à son service au sortir de chez moi , et que Lafont m'avait obligation de sa faveur auprès de son nouveau maître par Mb témoignages que
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j'avais donnés de sa probité. La pensée m'en était venue avant Touverture que le roi m'en fit alors. J'avais fiait plus , j'avais trouvé le moyen de faire parler à Lafont ; et sa réponse , que je redis au roi , avait été , que pour le temps présent il ne voyait aucune apparence à ce que je hii proposais ; qu'il se croyait même obligé , dans la crainte de faire entrer son maître en soupçon de sa fidélité , de n'avoir aucun commerce avec moi, loin de consentir à me voir, comme je le lui proposais; que tout ce qu'il pouvait faire, était d'observer si M. de Villars ne prendrait point d'autres sentimens à l'égard du roi, de l'y confirmer autant qu'il pourrait, si cela arrivait, et de me promettre de m'en instruire.
Henri n'y songea plus ; mais , avant que de nous séparer, il me demanda mon avis sur ce qu'il avait à faire par rapport au siège , et aussi par rapport au prince de Parme , qui , à ce qu'on venait d'ap: prendre, avait passé la Somme pour joiadre ses troupes avec celles du duc de Mayenne. Le roi ne doutait point que ce ne fut dans l'intention de venir droit à Rouen , et encore moins que Villars ne tînt facilement jusqu'à son arrivée. Je répondis au roi que je voyais deux choses à faire, sur lesquelles c'était à lui à se déterminer. La pre-. mière, de changer totalement Tordre et le lieu de l'attaque, de la transporter du côté de la ville.