LIVRE QUATRIÈME
et de faire de si puissans efforts, qu'on pût s'en être rendu maître quand les ennemis paraîtraient. La seconde , qu^ sans p«rdre de temps , on allât attaquer le prince de Parme pour lui faire repasser la Somme, et continuer ensuite le siège sans crainte.
Le roi s'en tint à ce dernier avis ; mais comme , en le suivant , il n'avait pas envie de lever le siège , de peur que le prince de Parme, qui peut-être n'avait que cela en vue , n'évitât ensuite le combat, il me dit qu'il irait le chercher avec sept ou huit mille chevaux , qui aussi bien lui étaient inutiles à ce siège , et qu'il comptait avec cette cavalerie l'entamer, ou , s'il était faux qu'il eût encore 'passé la Somme, lui en disputer le passage. Il me quitta en me disant que j'allasse me disposer à le .suivre avec quinze ou vingt cavaliers seulement, choisis sur toute ma compagnie.
De retour de Fresne-l'Esplen au bout de deux jours, j'appris en arrivant à Darnetal que Villars avait fait une sortie à la tête de cent chevaux, avec lesquels il avait passé sur le ventre à la garde , et qu'il aurait fait un plus grand désordre , si le roi ne fût accouru , armé de sa seule cuirasse, avec le baron de Biron, un officier anglais, dont le nom m'a échappé. Grillon * et quelques autres qu'il avait trouvés sous sa main; que ces trois mes-
' Louis Berthon de Grillon ou Grillon.
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sieurs surtout s'y étaient couverts de gloire. Grillon y eut le bras fracassé d'un coup d'arquebuse. Pour le roi, engagé dans un p^ assez semblable à ce qu'on rapporte d'Alexandre le Grand dans la ville des Oxidraques, il s'en tira avec la même présence d'esprit et la même intrépidité, si ce n'est que l'exemple a bien l'air d'une fable , au lieu que l'action de Henri eut pour témoins deux armées eUtièt^es,
Le prince de Parme occupait avec toute son armée les bords de la Somme, et, content de s'être assuré de cette rivière , il ne faisait presque aucun mouvement; parce qu'outre que le gouverneur de Rouen lui avait fait savoir qu'il pouvait se passer encore fort long-temps de son secours, conmie il avait dessein de faire un coup d'éclat , il attendait l'arrivée dé Sfondrate, qui lui amenait les troupes du pape Grégoire XIV ' , son oncle , et ééllés du duc de Mayenne , qui pourtant ne vint pas sitôt. Il avait été obligé de prendrç le chemin de Paris avec ses meilleures troupes , potir punir l'insolence des Seize, qui, abusant du pouvoir qu'on leur laissait prendre, avaient osé attacher au gibet le président Brisson^ et quelques autres cou-
' Sixte-Qi^int était mort au mois d'août en 1 590. Henri IV, en apprenant sa mort, dit : « Voil»^ un tour de la politique esc< pagnole ; j'ai perdu un pape qui était tout à moi. »
^ Barnabe BrissoD, Claude Larcher et Jean ïardif, sieur du