‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 176 sur 231 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

de cette journée : sur quoi j'observe , comme quelque chose de singulier, que de tout ce que nous étions dans la chambre du roi, il n'y eut pas deux personnes qui pussent s'accorder ' sur le récit des circonstances plus particulières de Faction. Elle se passa en gros de la manière dont je'4*ài rapportée. J'en ai supprimé tout ce que j'ai trouvé de douteux. Telle qu elle est, on peut être sûr qu'il y aura fort peu de vies de rois ^ qui en offrent autant. La trop grande prudence du prince

' Il n'y a presque point, de combats ni de batailles dont on ne puisse en dire autant. Quoiqu'il y ait un assez grand nombre d'écrivains, et même contemporains , qui aient traité des actions militaires contenues dans ces mémoires , je n'en trouve pas deux qui conviennent parfaitement entre eux dans ces descriptions. D'Aubigné , dans celle de la rencontre d'Aumale,ne parle pas même de la blessure du roi, qui est la seule qu'il ait reçue en sa vie. Matthieu, ibid., page loo , et nos meilleurs historiens , ne diffèrent qu'en fort peu de choses de nos mémoires.

• « Henri ayant envoyé demander au prince de Parme ce « qu'il lui semblait de cette retraite , il répondit qu'en effet « elle était fort belle ; mais que, pour lui, il ne se mettait ja- « mais en lieu d'où il fût contraint de se retirer. » Péréf. ihid., seconde partie.

C'est en cette occasion que Duplessis-Mornay écrivit cette belle lettre au roi. « Sire, vous avez assez fait Alexandre, il « est temps que vous soyez Auguste. C'est à nous à mourir « pour vous, et c'est là notre gloire ;,à vous. Sire, de vivre « pour la France, et j'ose vous dire que ce vous est devoir, etc. » Notes sur la Henriade,

de Parme lui nuisit èn;cette occasion , et l'empêcha de passer au fil (Je l'épée tout cet escadron, c'est-à-dire de finir/la guerre ce jour-là par la mort ou par la priseîdu roi : l'un ou l'autre était inévitable; mais il était, déterminé à ne rien commencer que le duc:tle Mayenne ne l'eût joint, n'étant nullement d'iijimeur à porter seul tous les inconvéniens d'une gôea're dont celui-ci retirerait tous les fruits. ^*

Il ne pouvait comprendre la cause du retardement de ce chef de la Ligue. Les soupçons qu'il en conçut lui firent changer tout d'un coup la marche de son armée, et reprendre le chemin de la Somme , action excusable dans un étranger , qui se trouve au milieu d'un pays où il ne fait pas la guerre pour lui-même. Henri, qui, sans envisager ce qu'il y avait de glorieux pour lui dans son dernier combat , l'appelait simplement Verreur d'Aumale^ et cherchait à réparer cette erreur si héroïque, ne put se résoudre à laisser retirer tranquillement le génferal espagnol. Il remit à un autre temps la guérj5)n de sa blessure, et, remontant à cheval, il lie cessa de le harceler, bien fâché de ne pouvoir gB faire davantage : mais il avait affaire à un génAjKl rusé, qui, quelque chose qu'il pût faire , ne lu^g^senta jamais qu'un front d'infanterie qu'on n^Epuvait ouvrir , et se conduisit avec tant de ilSesse, qu'il fut impossible

Page 1