‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 179 sur 231 · LIVRE QUATRIÈME. 87 ï · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. 87 ï

les murs de cette ville. Son dessein était d'y séjourner environ six semaines , qui étaient un temps suffisant pour faire rafraîchir son armée ; ensuite de regagner la Somme par Neufchâtel , Aumale , Saint- Valéry et Pontdormy, bornant toutes les expéditions de sa campagne à l'avantage d'avoir mis cette capitale et les villes qui tenaient pour la Ligue en état de n'fvoir rien à appréhender de l'armée du roi. Henri pénétra les desseins de ce général , et , cessant de s'opiniâtrer à faire tête à une armée si bien postée, il laissa le prince de Parme jouir de son triomphe, et lui tendit un autre piège. Il licencia toute son armée , comme si elle lui fût devenue inutile , ou qu'il y fut contraint par la nécessité. Il en sépara une partie dans Arques, Dieppe, Gournai, Andelys, Gisors, Magny et autres endroits plus éloignés. Une autre partie eut Mantes, Meulan et les environs pour ses quartiers. Il dispersa le reste autour du Ponfde-l' Arche, Évreux, Passy, Vernon, Couches et Breteuil , et vint lui-même se placer à Louviers. L'apparence justifiait cette conduite. Il eût été impossible de faire subsister long-temps une arinée aussi nombreuse en la tenant rassemblée; mais, par la disposition de ses quartiers, surtout des derniers où il avait distribué tout ce qu'il avait de meilleures troupes, et moyennant la promesse qu'il avait tirée des officiers de se rendre à

i'JT, MiMOIRES DE SULLY.

Pont-de-l' Arche au premier ordre , il lui était facile de réunir toute son armée en peu de temps ; et il comptait que la sécurité que son éloignement donnerait au général espagnol lui fournirait quelque moyen de le surprendre , du moins dans sa retraite.

En effet, le prince de Parme, qui craignait que Rouen, environné de tanf%le gens de guerre, ne se vît bientôt affamé, et à qui l'on représenta qu'il n'y avait aucun danger de se mettre au large, fit avancer une partie de ses troupes vers Pont- Audemer. D'Hacqueville ' lui livra assez lâchement cette ville, et le roi parut ne s'en mettre nullement en peine. Il feignit encore d'ignorer que l'ennemi en voulait à Caudebec, qui incommodait fort la ville de Rouen; et, négligeant de donner du secours à Lagarde, qui en était gouverneur , il laissa prendre cette place. Il vit avec un extrême plaisir qu'après ces deux conquêtes, l'ennemi, attiré par la commodité des logemens et des vivres, s'étendit le long de la Seine, au-dessous de Rouen, aussi loin qu'il put le faire. Ce n'est pas que le général espagnol ne soupçonnât quelque dessein secret dans une inaction dont il avait toujours trouvé Henri fort éloigné ; et sans doute que s'il avait été le seul chef de cette armée,

' N de Vieux- Pont, sieur d'Hacqueville , fut gagné,

dit-on , par une somme d'argent.

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