‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 180 sur 231 · LIVRE QUA.TRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUA.TRIÈME

il ne se serait pas tant hasardé. Mais il s'en rapporta aux assurances que lui donna son collègue le duc de Mayenne, alors retenu malade dans Rouen , qu'il ne pouvait lui en arriver aucun mal , le supposant mieux informé que lui de la disposition et de l'intérieur du pays.

Le roi, voyant que l'ennemi semblait venir de lui-même au-devant de ses desseins, résolut aussi d'en avancer l'exécution. En moins de huit jours il rassembla vingt mille hommes de pied et huit mille chevaux, avec lesquels, s'avançant sans perdre de temps par VaricarvilleetFontaine-le-Bourg, il boucha tous les passages entre Rouen et Caudebec, et commença par se venger assez pleinement de la prise de cette place et de celle de Pont-Audemer, en coupant aux troupes qui y étaient toute communication avec le gros de l'armée; ce qui les mettait à sa discrétion. Ensuite il vint en personne, avec dix mille fantassins et trois mille cavaliers, attaquer sans délai l'avantgarde des ennemis, commandée par le duc de Guise. L'étonnement où une arrivée si brusque jeta cette troupe lui en rendit la défaite facile. Le duc de G uise fut forcé dans le premier choc , et obligé de regagner précipitamment le gros des bataillons, laissant, avec une grande quantité de morts, tout le bagage, qui était considérable, au pouvoir du vainqueur.

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Le prince de Parme, frappe à cette nouvelle comme d'un coup de foudre, donna tous ses soins à assurer ses autres quartiers, ce qa'il fit en logeant le duc de Guise a Yvetot , et en rapprochant du camp retranché qu'il occupait ses troupes dispersées. Il eût bien voulu pouvoir les y faire entrer toutes; mais, comme ce camp était trop petit pour les contenir, il leur ordonna du moins de ne jK>iiit s'en écarter, de garder exactement leurs postes, et de se tenir fort serrées. Après cette précaution, qu'il ne crut pas suffisante, pour épauler tous ces logemens répandus autour du camp, il posta trois mille hommes dans un bois qui les bornait. Il fit fortifier et border de retranchemens ce bois avec ime ligne de communication qui le joignait avec le camp. La dernière démarche du roi Tarait rendu extrêmement redoutable au prince de Parme; mais celui-ci crut lui échapper avec beaucoup de prévoyance, et moyennant une grande attention à se porter partout où sa présence serait nécessaire. Il se trompa encore. Dès le lendemain, le roi donna ordre au baron de Biron d'attaquer le bois avec huit mille hommes d'infanterie, Anglais, Hollandais et Allemands en nombre égal, pour les animer par l'émulation , et les fit soutenir par six cents cavaliers armés de toutes pièces. L'attaque dura trois heures, au bout desquelles le bois fut emj)orté. Ceux qui

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le défendaient, se voyant forcés, gagnèrent en désordre le camp fortifié, ayant perdu plus de huit cents des leurs. Leur fuite mit à découvert la plus grande partie des logemens , surtout celui

d'Yvetot , où le prince de Parme avait cru renfermer, comme en un lieu d'asile, le duc de Guise avec cette même avant-garde qui avait déjà été si mal menée.

Henri , comme s'il en eut voulu personnellement au duc de Guise, se hâta d'aller reconnaître . le quartier d'Yvetot; et, jugeant aux cris de bouteselle et d'alarme qu'il y entendit qu'on n'y était pas bien rassuré, il fondit sur ce quartier avec quatre cents mousquetaires ou piquiers et mille fantassins, armés de hallebardes et de pistolets, l'attaquant par plusieurs côtés à la fois. Le prince de Parme , qui ne s'était point attendu à des exécutions si rapides, vit le moment où toute son avant-garde allait être passée au fil de l'épée : et, ne prenant plus de conseil que de la nécessité, il y accourut lui-même, et soutint avec vigueur l'effort de nos armes, jusqu'à ce que les troupes de tout ce quartier eussent gagné le camp retranché. Il y perdit sept ou huit cents hommes , presque tous soldats. Le plus grand malheur fut que dans le temps qu'il payait ainsi de sa personne, en homme qui sait aussi bien se battre que com-

Îi-G MÉMOIRES DE SULLY.

xuaDder , il reçut dans le bras un coup fort dan-

irereux '.

L^ jwu de fond qu'on doit faire sur la justesse des détails r. ."::a.;yn que nous font les historiens paraît surtout en celiii- .• . /.srs lequel je remarque une infinité de contradictions entre ^' \ >iîr les campemens, le nombre et la date des rencontres. L jl;;;c ur de ces mémoires rapporte toutes ces expéditions d'une y^.î/unv si ^errée, qu'il semble ne donner que trois ou quatre i-cirs à dos exécutions qui n'ont pu se faire, et ne se sont faites irv.Vn trois semaines. On peut le justifier, en ce qu'il n'a voulu .;\u* donner une simple idée de cette campagne. D'Aubigné, xs^u qu'il ait ignoré les faits, ou qu'il n'ait pas eu dessein de iv> particulariser, donne lieu à la même méprise que nos mé- HKMrcs. ^Tome 3, liv. 3 , chap. i5.) C'est dans de Thou, Da- ..cAf. Matthieu, Caret, et les Mémoires de la Ligue y sur r^muHMSQîi, qu'il faut les chercher. Quoique,comme je viens vW le dire, leur narration diffère en une infinité de choses, >vUui les Mémoires de la Ligue, auxquels j'ajouterais le plus vU^ foi , le roi défit le duc de Guise le 28 avril , et un autre wrps de troupes le premier mai ; attaqua les retranchemens devant le camp fortifié le 5, et commença le 10, dès cinq heun»> «lu matin, la grande attaque où le duc de Parme fut blessé. ^'I\un(' 5.) De Thou veut que ce soit à la prise de Caudebec \\wv Uî prince de Parme ait reçu cette blessure , et ne lui fait lasser la Seine que le 11 mai, liv. io3. Cayet est du même MMitinnmt, tome 2, liv. 4, pag. 82 et suiv.

Matthieu reproche à Henri IV de n'avoir pas fait le duc de Mwyeiuie prisonnier au choc d'Yvetot, et, avec aussi peu de fondement, d'avoir évité une bataille décisive (page 109). Quelques autres le taxent de plus grande faute encore , d'avoir ignoré les préparatifs que faisait le duc de Parme pour passer lu rivière, et de n'avoir su l'empêcher.

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