‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 182 sur 231 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

par ses actions et ses blessures, essuya tout l'orage, et fut mis aux arrêts à Dieppe, assez injusl|yDent, à ce que je /çrois. Les paren» et les aiito^que la garnison de Neufchâtel avait dan» l'armée de la Ligue me paraissaient être la véritable cause du peu de résistance de cette place, qui se rendit dès la mi-mars. Le roi remédia à ce contre-temps par ses soins et sa diligence. Il retira toutes ses troupes de devant Rouen , sans recevoir le moindre échec ' ; et, se mettant à leur tête, il s'avança sans perdre de temps du côté par lequel il savait que le prince de Parme s'approchait de cette ville. ^^

Étant .arrivé dans une plaine par où l'armée ennemie devait passer , il l'y attendit ; et dès qu'elle parut , il envoya offrir le combat au prmce de Parme. Celui-ci parut l'accepter avec joie, quoique intérieurement il en fut fort éloigné. Il craignait de se compromettre avec un général tel qu'il connaissait Henri , et d'exposer au sort d'une bataille la réputation du plus habile homme de guerre de l'Europe, qu'une longue suite de belles actions lui avait acquise parmi ses partisans.

■ Ce siège coûta beaucoup de monde au roi. On disait en ce temps-là qu'il n'y avait pas perdu moins de trois mille hommes, et les assiégés seulement cent vingt. Le comte d'Essex y lit proposer à l'amiral de Villars de se battre en duel avec lui, et Villars lui fit réponse que sa qualité de gouverneur de la place le lui défendait. Voyez la Chronol. novennaire , et Mezerai,

Comme il se trouvait en situation de pouvoir être forcé au combat, il eut recours, pour révit^r, à une manœuvre des plus adroites. Il fit avancer ce qu'il connaissait de meilleures troupes parmi tous ses bataillons, et en composa un firont de bataille derrière lequel il retint, comme sans dessein, toute sa cavalerie. A la faveur de ce front d*in£amterie, ordonné comme il a coutume de l'être pour une action , et qui semblait n'«i attendre que le signal , toute cette cavalerie , le reste des gens de pied et le bagage entrèrent dans les défilés qui servaient d'issue au camp des ennemis, et couverts par des collines et par des rideaux dont le prince de Parme;sut merveilleusement tirer parti, ils se virent bientôt hors de la portée de l'armée du roi, où- l'on ignorait tout ce qui se passait à la queue de ce camp. Ce front d'in£smterie, qui n'avait que de la surface et point de profondeur, prenant la même route après tous les autres , au bout de vingt-quatre heures tout se trouva éclipsé, sans qu'il ftit possible, à cause du terrain coupé de détroits et de gorges de montagnes, de troubler l'eimemi dans sa retraite, ni d'entamer son arrière-garde.

Le prince de Parme se sut fort bon gré d'être ainsi arrivé sans la moindre perte jusqu'aux portes de Rouen. Il savait bien qu'il n'y avait personne assez hardi pour entreprendre de le forcer sous

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