LIVRE CINQUIÈME
avec lui-même. Une désobéissance continuelle à ses supérieurs, un commerce dur avec ses égaux, un esprit cruel et insupportable avec ses inférieurs , sont la suite de ce caractère.
D Epernon , voyant que ses entreprises n avaient pas eu le succès que son orgueil lui promettait, fut obligé de changer de fcianières, et quelquefois^ quoique rarement, il ménagea ceux dont il pouvait avoir besoin. Mais jusque dans ses caresses, si l'on peut se servir de ce terme à son égard , il y avait une pointe de fiel et de mépris qui fit que, s'il n'aima jamais personne, tout le monde lui rendit la pareille. Il ne fut jamais servi que par crainte , ce qui fut cause qu'avec d'assez grandes dispositions pour la guerre , et dans une situation à les faire valoir, il ruina ses affaires. Il tenait par lui et par La Valette ' , son frère , la Provence et le Dauphiné. Les Provençaux, qui avaient eu pour gouverneur, avant lui, le Grand-Prieur *, frère naturel des trois derniers rois , le méprisèrent pour son extraction, et le haïrent bientôt pour sa cruauté. Ils furent ravis lorsque d'Epernon, qui du vivant de Henri III ne voulait pas s'éloigner de la cour, leur donna en sa place La Valette , qui se rendit agréable dans la Provence ,
' Bernard de Nogaret, amiral de France.
" Henri, comte d'Angoulême, fils de Henri II, et de N
de Leviston , dame écossaise.
4oa MEMOIRES OE SULLT.
et servit bien le roi. Henri m , ayant connu le véritable caractère de son favori, commença lufr même à le craindre. Il disgracia d'Épemon , et pensa même le faire arrêter à Angoulême. La Valette perdit en cette occasion son gouvernement; mais le tout leur fiit rendu après le meurtre du duc de Guise , qui mettait Henri III dans la nécessité de s'appuyer de tout ce qu'il pouvait attirer dans son parti, et à quelque prix que ce put être. Ce prince étant mort, d'Épemon, dont la vanité souffrait d'obéir au roi de Navarre, le quitta à Pon toise, malgré les instances que ce prince lui fit faire par MM. de Bellegarde et de Roquelaure, et les prières qu'il lui en fit lui-même. C'était quelque chose de |rop flatteur pour lui de tenir tête à un roi , et il n'y oublia rien dans son gouvernement de Provence. Il fiit le premier à signer l'exclusion à la couronne, que les grands du royaume donnèrent au roi de Navarre. On ne risque rien à juger par d'Épemon de la sincérité de ce motif de religion , dont il était si ordinaire alors de se parer pour se soustraire à l'autorité légitime.
La suite de l'histoire du duc d'Epemon donnera une légère teinture des affaires dans les provinceis du midi de la France. Il eut de grands revers. Les deux frères, s'aidant mutuellement, eurent souvent du pire, et ne purent empêcher