‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 191 sur 231 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

^u'il ne se formât en Dauphiné et en Provence trois ou quatre partis principaux qui leur tinrent tête, sans compter que presque toutes les grandes villes en avaient un, et cherchaient à se rendre indépendantes. Le duc de Savoie * et le duc de Nemours, son frère, y avaient une forte brigue : et leur parti devint extrêmement puissant , après que le roi d'Espagne eut consenti que le duc de Savoie, qui était son gendre, et auquel il prêtait main forte, fût reconnu comte de Provence, et tînt ce fief de sa couronne. Au milieu de leurs succès , ces deux princes rencontrèrent un adversaire redoutable, qui les arrêta dans leur carrière, et réduisit leur parti aux abois : c'est Lesdiguières * , connu par sa valeur et son bonheur contre le duc de Savoie. Il se tint toujours attaché au roi; et on ne lui reproche point d'avoir songé à s'approprier ses succès, ni d'avoir convoité la souveraineté du Dauphiné. Peut-être souhaitat-il seulement que le roi eût long-temps besoin de son secours et ne vînt jamais en cette province. MM. de Montmorency et d'Ornano ^ donnaient beaucoup de force à ce parti. Les autres étaieiit

* Charles Emmanuel, duc de Savoie, mort en i63o.

* François de Bonne, duc de Lesdiguières , coimétable de France.

' Alphonse d'Ornano , colonel des Corses. ,

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formés par le duc de Joyeuse ' , la comtesse de Sault et \% comte de Garces , avec le sieur de Vins. Louis d'Aix et Casaux, Ligny, Martiningue et une infinité d'autres y firent parier d'eux, et remplirent ce pays de divisions et de carnage ; mais leur faction ne passait guère les bornes d'une simple ville. La "Valette ne se soutenait déjà presque plus en Dauphiné, lorsqu'il fiit tué en assiégeant une bicoque *. Aussitôt le duc d'Épemon songea à empiéter ce gouvernement. Il en demanda pour la forme des lettres au roi , qui n'osa les lui refuser; mais au lieu de prendre le dessus sur tous ces différens partis, il ne parvint qu'à y en fcûre un nouveau , sur lequel le roi ne devait pas plus compter que sur les autres. On peut en juger par ce qui se passa au siège de Villemur en Languedoc. C'est l'unique action que je particulariserai sur des mémoires dont je garantis la vérité.

Le duc de Joyeuse , zélé partisan de la Ligue en Languedoc , ayant rassemblé cinq ou six mille

* Antoine ^cipion, chevalier de Malte, qui prit le titre de duc de Joyeuse, après la mort de ses frères. Chrétienne d'Aguerre , comtesse de Sault , baronne de Vienne ; Gaspard de Pontevez , comte de Carces ; Hubert de La Garde , sieur de Vins ; Charles de Casaux, etc.

• Roquebrun^, bourg de Provence.

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