‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 192 sur 231 · LIVRE |}JNQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE |}JNQUIEME

hommes de pied, et huit ou neuf cents chevaux aux environs de Toulouse, s'avança le i5 juin de cette année iSg^k, vers Montauban, pillant les bourgades et le plat pays; et, après avoir exercé toutes les cruautés qui étaient passées en coutume dans ce temps malheureux , il vint mettre le siège devant Villemur. Le sieur d'Ariat, qui est celui dont je tiens ce détail , et les bourgeois de Villemur , eurent recours à Thémines ' , qui tenait pour le roi dans la province , et le sollicitèrent de leur amener promptement un puissant secours. Thémines, qui ne se sentait pas assez fort, s'adressa au duc d'Épernon : et , en attendant le renfort que celui-ci lui promit , il détacha quelques petits pelotons d'infanterie et de cavalerie, qui entrèrent avec beaucoup de peine dans Villemur , les cavaliers à pied , parce qu'ils ne purent se servir de leurs chevaui, tant la ville était étroitement resserrée. Joyeuse avait fait une faute dont il fut rudement pimi, comme on va le voir; c'est d'attaque^ Villemur du côté de la ville, au lieu de commencer par le château, qui, plus fort en apparence, l'était beaucoup moins en effet : sans doute qu'il ne connaissait pas assez bien la place , ou qu'il eut dessein de profiter des magasins de blé et d'autres munitions, dont^ savait que la

ville était pleine.

*■.-•■ ' Pons de Lausière deCardaillac, depuis maféHial de France.

4o6 MÉXOIHES DE SUIXT.

D'Épemon envoya iin corps de troupes assez considérable; mais, comme il leur avait donné ordre de n'agir que faiblement, et surtout de ne pas courir les risques d'un combat , quoiqu'en arrivant ces troupes fissent fort grand bruit, elles se débandèrent, abandonnèrent leurs postes, et nuisirent plus par leur mauvais exemple qu'elles ne servirent aux autres soldats royalistes. Joyeuse, qui ne manquait pas de bravoure , surtout lorsqu'il s'agissait d'un coup de main , trouvant Toccasion Éavorable , et peut-être se doutant de l'intention du duc d'Épemon, fondit sur ces gens, les surprit, et en aurait fait un grand carnage, si Thémines ne fut accouru assez à temps pour sauver le reste. Il ne laissa pas d'y en avoir sept ou huit cents de tués ; et il n'en fallut pas davantage à d'Épemon ' pour Içs lui faire rappeler tout-àfait. Thémines eut beau après cela le solliciter, aussi bien que le maréchal de Matignon , ni l'un ni l'autre ne l'écoutèrent , et il n'eut plus d'autre parti à prendre que de se jeter lui-même dsiÉ Vil-

' Tout ceci est si positif, qu'il peut balancer l'autorité de de Thou , qui est très-favorable au duc d'Épernon sur ce fait; et celle de l'auteur de la vie de ce duc, qui soutient que ses soldats chassèrent ceux de la Ligue de devant Villemur , et mirent cette place en état de se défendre , page i34. D'ailleurs la Chronologie noçenncdre se trouve ici en tout d'accord avec nos mémoires I li?. 4 9 p^e 63, aussi-bien que les Mémoires de Im JUgue, tome 5.

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