LIVRE CINQUIÈME
lemur avec d'Ariat, deux cent cinquante arquebusiers, et environ cent ou cent vingt cavaliers, pour soutenir les assiégés, que Joyeuse pressait plus vivement qu'auparavant. Il en fit sortir Renier, qui en était seigneur par engagement , mais qui était devenu trop infirme pour faire les fonctions de gouverneur en cette occasion , et il résolut de s'y défendre jusqu'à l'extrémité, comptant que le roi, auquel il fit savoir sa situation, ne le laisserait pas périr.
En effet, ce prince écrivit aussitôt aux ducs de Montmorency et d'Épernon , de prêter main forte à Thémines. Ce dernier, accoutumé à désobéir , ne fit aucun état de cet ordre : pour Montmorency , il fit partir Lecques ' et Chambaut , avec de fort bonnes troupes protestantes. Elles étaient encore en trop petit nombre pour tenir contre l'armée de Joyeuse, nouvellement renforcée par les Toulousins. Lecques et Chambaut eurent recours à Messillac "^ , lieuteijt^nt du roi en Auvergne^ et au vicomte de Gordon, aussi connu par sa valeur et sa fidélité que par sa laideur. Ces deux officiers ne balancèrent pas à marcher au secours de Villemur, avec huit cents arquebusiers et deux cent quatre-vingts chevaux. Joyeuse leur envoya offrir le combat, qu'ils refusèrent, profitant du
' Antoine du Pleix , sieur de Lecques.
' Raymond de Messillac de Restignac.
4q8 MEMOIRES DE SUIXT.
malheur arrivé aiCK troupes de d'Epernon , et ne s*occupant que de leur objet. Aprèsc ce refus , la cavalerie des assiégeans, qui se trouvait trop prèssée dans ses lignes , demanda à Joyeuse la permission de s'écarter dans les villages des environs : ce que ce général accorda avec peine, et contre l'avis des sieurs d'Ooous et Montberaut. Il tira parole des officiers qu'au premier signal qui leur serait donné, ils se rendraient au camp sans perdre de temps.
Messillac , Lecques et Chambaut, yoyant que cet éloignement de la cavalerie avait extrêmement aitaibli l'armée des assiégeans, séparèrent tous leurs gens de pied en quatre bandes , à chacune desquelles ils joignirent cinquante gendarmes , auxquels on fit mettre pied à terre. Un régiment de huit cents hommes fut laissé en bataille à la vue des retranchemens, avec ordre de donner à certain signal. Qyatre cents hommes attaquèrent le premier retraofçjjipfient , et furent appuyés des quatre troupes. II:4Pky avait ordinairement pour le garder que deux cents fantassins; mais Ijjigreuse, qui avait des espions chez nous , averti peu de momens avant l'attaque, y en envoya quatre cents autres, et en même temps fit tirer les trois coups de canon qui étaient le signal convenu avec sa cavalerie. Soit paresse à obéir , soit promptitude de la part des protestans , cette