LIVRE CINQUIÈME
die seule les dix-neuf mille hommes mentionnés plus haut, il est aisé de voir à quel dessein , cette province' confioant les Pays-Bas, sans ceux qu'il offrait de faire marcher en différens endroits du royaume. Il ne paraissait pas aussi alarmé au sujet de la Bourgogne que l'était le duc de Mayenne, parce qu'apparemment le conseil d'Espagne péné-^ trait que ce général , demandant la jouissance de cette province, n'était pas fâché que toutes les troupes y fussent employées. Sur cet article on accordait seulement de quoii lever mille lansquenets et soudoyer trois cents chevaux. On ajoutait pourtant que, si le fort de la guerre tombait sur cçtte province, sa majesté catholique ne refusait pas d'y envoyer des troupes considérables; et sans doute cette parole était sincère.
Le roi d'Espagne ne se montrait pas non plus si libéral , à beaucoup près , sur le chapitre particulier de Mayenne : c'était, de tous les articles, le plus réduit. On ne voulait rien ajouter à la pension de trente mille livres par mois. On lui accordait pour lui, et cela atoplement, pendant qu'il serait en personne dans l'armée, deux mille fantassins et cinq cents cavaliers. On gardait un préfond silence sur tout le reste. A l'égard des places qu'on prendrait, l'Espagne consentait que le duc gardât celles dont il s'emparerait, pourvu qu'elle ^n fit autant de son côté. Elle ne se départait pai
de la demande qu'elle avait faite de Soissons , et voulait absolum^it avoir cette ville pour garantie des avances qu'elle faisait dans cette ' guerre : elle promettait seulement de la rendre après l'élection du roi. Cette nomination paraissait encore douteuse à l'Espagne , qui donnait à entendre que, si elle se faisait de manière qu'elle eût lieu d'en être satisfeite, on pouvait alors tout attendre de sa gratitude ; mais auparavant on ne voulait rien risquer. On laissait pour cet effet sans réponse tous les autres articles , et l'on y en ajoutait un nouveau : c'est que le duc de Mayenne se déferait de certaines personnes , qui sans doute n'appuyaient pas les intérêts de l'Espagne auprès du général français. Le papier ne souffrait pas ces noms ; on les avait , disait-on , désignés de bouche à l'agent du traité. Voilà dans quelles dispositions était sa majesté catholique, qui imitait assez bien le duc de Mayenne , en ce qu'elle songeait beaucoup plus à elle qu'à lui, et lui vendait aussi cher ses services»
A cette lecture je sen^ tout mon ressentiment s'éteindre. Ces papiers étant d'une extrême importance pour le roi , je ne perdis pas un instant à me rendre à Compiègne. Je trouvai que le temps et l'absence n'avaient rien altéré des sentimens de Henri à mon égard. J'eus une demi-heure de conversation secrète avec ce prince , à qui je dis
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