LIVRE CINQUIÈME
en gros le sujet de mon voyage; la lecture des papiers fut remise au soir de ce même jour. Tout le monde étant retiré de l'appartement du roi, j'y fus introduit , et y demeurai enfermé avec sa majesté, qui y appela Beringhen et Choirin, pour déchiffrer les caractères de la plupart de ces
pièces.
Nous apprîmes ce que c'était que ce tiers-parti dont on parlait sourdement. Il se formait au milieu de la cour même, sous les auspices et par les idées de l'abbé deBellozanne % des deux Durets, et je crois de l'abbé du Perron , toutes créatures du comte de Soissons et du cardinal de Bourbon , et particulièrement attachés à ce dernier. Il y a du moins toute apparence que ces personnes en furent les auteurs , et même les uniques promoteurs dans le commencement. Mais dans la suite MM. de Nevers, de Longueville, de Villeroi, d'O , et tout ce qu'il y avait à la cour de catholiques qui se piquaient d'être trop bons Français pour souffiir la domination espagnole , et trop zélés romains pour s'accommoder d'un prince protestant, s'attachèrent à ce parti. Depuis quelque temfttl}jd comte de Soissons s'était joint à ces messieurs.
' Jean Touchard, abbé de Bellozanne ; Louis Duret, sieur de Chevry, médecin ; et Charles Duret , conseiller d'état, intendant et contrôleur-général des finances, président de la chambre des comptes.
4^6 MlhfOIRES DE SUIXT.
On disait même, qu'infidèle à son ancienne maîtresse, il fut plusieurs fois sur le point de s'unir avec mademoiselle de Longueville. Ils avaient pris le nom Ae politiques^ pour se distinguer des royalistes et des ligueurs, et pour montrer qu'ils allaient au bieâ de l'état et à la conservation des droits de la couronne par-dessus toute autre considération. Leur objet principal était d'exclure égalemait du trône tout prince étranger , le duc de Mayenne et le roi de Navarre. Le gros du parti n'en Savait pas davantage; mais les chefs, qui étaient les maîtres du secret, songeaient de plus à se dé£ûre des deux derniers par le fer ou par le poison ^ , après quoi , ne rencontrant plus de dii^ ficulté , ils faisaient le cardinal de Bourbon roi ^, et lui obtenaient une dispense pour se marier avec llnfante , afin de ne pas mé<x>ntenter tout-à-fait l'Espagne.
En comparant oe projet avec celui de Jeannin, dont on vient de voir le mémoire , on sera surpris que des pièces si contraires les iines aux autres se
^ jMB^tte accusadoii ne se trouve dans aucun autre écrivain; eHe est du nombre de celles que l'auteur ne devait pab avancer sans y joindre la preuve.
* Il s'appelait Charles. Il était lé troisième des fils de iiouis I , prince de Condé , et d'Éléonore de Roye. Ses autres frères étaient Henri , prince de Coadé ; François , prince de Conti ; et Charles, comte de Soissons.