LIVRE CINQUIÈME
trouvassent dans le même paquet. Sans en cher* cher la raison dans les secrets de la Providence , * qui , en présentant au roi du même coup tous les projets qui se tramaient contre sa personne , semblaient l'avertir des justes mesures qu'il devait prendre pour les prévenir, je crois qu'on peut* là trouver dans l'intérêt différent de tous ces personnages , qui , communiquant ensemble , et quelquesuns de fort loin , tels que le duc de Mercœur ' ^ sans aucun motif commun que la haine qu'ils portaient au roi, enfantaient mille idées chimériques, et se livraient à toutes les lueurs qui brillaient à leur esprit , sans avoir d'objet fixe et détemftié , que celui de donner Fexclusion au roi de Navarre. Dans cette confusion dé Sentimens, il n'est pas étonnant qu'il se rencontrât deS avis si opposés dans les moyens.
Je demeurai trois jours à Compiègne , souvent en conférence avec le roi , qui se montrait sensiblement touché de l'attentat qu'on méditait contre sa personne, parce qu'il se flattait que sa conduite aurait du en étouffer l'idée. Il me renvoya à Mantes , s'apercevant que les efforts que je faisais pour parler dans ces entretiens pouvaient rouvrir ma blessure. Toutes les marques d'une confiance entière et pleine de tendresse, je les reçus
' Philippe-Emmanuel de Lorraine.
4^8 MEXOIBES DE SUIXT.
de ce bon prince. La dernière chose qu'il me dit en partant, fiit de bien observer tous les moovemens de ses ennemis, et de me préparer, en attendant qu'il prit lui-même le chemin de Mantes , à lui donner de bons avis quand il y serait arrivé, parce qu'il voulait bien me rendre le maître de la conduite qu'il devait tenir dans une conjoncture si difficile. Il ne demeura en Picardie qu'autant de temps qu'il lui en £dlut pour finir quelques arrangemens, après quoi il prit la route de Mantes. Il choisit cette ville de préférence à toutes les autres , qui , par sa situation , lui parut le séjour le plus propre à découvrir et déconcerter les différentes cabales de ses adversaires dans un temps où les pratiques du cabinet allaient vraisendilablement succéder aux fonctions militaires. Son conseil y séjournait déjà , et il y avait Êdt venir Madame , sa sœur. Après la découverte que ce prince venait de faire des entreprises qu'on formait contre sa vie, il y aurait eu une extrême imprudence à négliger toutes les précautions qui pouvaient l'assurer. Il renforça sa garde; il logea dans Limay , qui est comme un fauboui:g de Mantes, un corps de troupes anglaises fort affectionnées , et pçit le parti de tenir tout le monde pour suspect, ne voyant en effet presque personne dont il ne dût se défier, depuis qu'il s'était convaincu que des gens qu'il admettait dans ses conseils, à sa