LIVRE CINQUIÈME
terme, d'une amitié véritable, doit l'emporter sur la pénétration d'esprit et d'habileté, lorsqu'on n'y joint qu'une fidélité douteuse. Rien ne m'a jamaia fait sentir un plaisir si pur et si noble que l'honneur d'un pareil choix ; mais, après m'y être livré quelques momeus tXHit entier , j'envisageai la pe^ santeor du âtrdeau dont je iHe sentis charger, el je tremblai au milieu de ma joie que ma f&iblessi^ et mon incapacité n'allassent ot'engàger ^ns quel* que âuosse démarche, qm nuisît, npn pas à moi, je cfeDis que dans ces occasions c'est à soi que l'on songe 1b moins, mais au prince qui ^e reposais sur moi.
De ce moment, toutes les précautions que prenait le roi pcHir sa personi»e, je les pris pour le €0iise^ que j'âUaid lui donner. Je m'y pré|>arai pair les réflexions les plus profonde^ sur l'état des royaume voisins en général ^ et sur celui de la France , des partis qui la divisaient , et du roi en particulier. Je coilsidérai què^ si, dans les emplois pareils au mien , on iie fait point de &ut|Ë!i^ , mémç innocemment, siai^ mériter quelques r€proche$^ il n'en est point qu'on ne s'attire lorsque c^lep qu'on y fait viennent de ce qu'on s'y est comporté avec passion. Cette réflexion me porta à étudier profondément mes penchans et mes dispositions, et me convainquit de la nécessité de commencer par fprcer mon cœur k se vaincre et à s'oublia
lui-même. Un retour sérieux sur ma conduite passée me fit apercevoir de l'injustice dans les plaintes fréquentes qui m'étaient échappées contre le procédé du roi à mon égard, et à celui des protestans. J'en cherchai le principe, que j'eus bientôt trouvé dans le préjugé ordinaire, qu'on ne se rend digne de la religion que l'on professe qu'en comptant pour rien la cruauté, la perfidie, le parjure, pourvu qu'on la, fasse triompher. Je me déf>ouiUai de cette idée aussi injurieuse à l'auteur de la rdiigion que préjudiciable à la religion qui se sert de ces indignes moyens , et l'on me croira aisément lorsque j'avance qu'il n'y eut rien dont je me défiasse aussi fortement que des pièges que pouvait me tendre le zèle trompeur de la religion, si l'on fait attention à la nature du conseil que je pris sur moi de donner au roi.
Lorsque je me fus ainsi assuré de moi-même, je craignis moins de porter mes regards dans ce chaos impénétrable d'intérêts différens, et de sonder un avenir qui n'offrait de toutes parts qu'un affreux précipice. Fallait-il éterniser les maux de la France en mettant aux mains , peut-être pour plus d'un siècle, deux partis de religion alors à peu près égaux? Fallait-il qu'un prince qui méritait si bien d'être heureux consumât sa vie entière^ au milieu des horreurs de la guerre, qui jusque-lk ne l'avait pas laissé respirer un moment, et lai