LIVRE CINQUIÈME
préparait, si je le déterminais de ce côté, des travaux infiniment plus grands encore que tout ce <ju'il avait essuyé? D'autre part, devais-je exposer le corps entier, des réformés en France , qui cherchait la paix et la justice, à être la victime d'une politique tout humaine, et les mettre aux pieds de leurs plus cruels ennemis? Dans l'incertitude du sort des armes, et d'un moment qui pouvait terminer tout d'un coup les jours du prince , devais-je amener les choses au point que peut-être la France , en proie à l'Espagne et à tous ses voisins, ou déchirée par mille tyrans, perdît en un moment la gloire de son nom, l'éclat de sa monarchie et la succession de ses rois? Que de périls dans la guerre ! que de pièges dans la paix! que de sujets de craindre de tous côtés ! Et comment prendre une résolution, frappé de tant de dangers presque inévitables?
Le plus grand de tous était encore, sans difficulté, de n'en point prendre. Enfin je crus que, t:out bien examiné, il fallait préférer le parti qui arrêtait la guerre civile, redonnait le calme à la France, la soumettait à un bon roi, la mettait en ^tat de se venger des ennemis étrangers , c'est-à-dire <^6lui qui détournait le plus d'inconvéniens présens, et offrait la ressource du temps paur remédier à ceux qu'on pouvait craindre. En un mot, je résolus de porter le roi à embrasser la religion I. s*8
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romaine, et de l'y préparer peu à peu. Je savais bien (Jue je mécontentais par là deux sortes de personnes, les protestans voisins de la France, et les calvinistes français ; mais pour les premiers, la France une fois unie, ne peut-elle pas se passer de tout secours étranger? Quant aux seconds, ne pouvait-on pas leur accorder des avantages qui leur fissent voir ce changement sans murmurer? A l'égard de tous les deux, je comptais sur la reconnaissance qu'un prince tel que Henri ne pouvait manquer d'avoir pour des personnes à qui il avait les plus essentielles obligations.
Voilà de quoi je m'occupai uniquement depuis l'instant où je partis de Compiègne ; et j'étais encore absorbé dans ces réflexions lorsque le roi arriva à Mantes. La première chose qu'il fit , fut de me faire dire d'aller le trouver avec les précautions ordinaires. Jaquinot me conduisit dans sa chambre avant le jour, et nous entrâmes aussitôt en matière. Henri, qui de son côté avait fait mille réflexions sur la situation embarrassante où il se trouvait, commença par m'en faire un portrait au naturel : intérêts inconciliables dans les princes et les grands du royaume ; haine entre eux et contre lui ; mutinerie et désobéissance dans tous les esprits ; paresse dans les étrangers alliés ; animosité et brigues de la part des ennemis ; trahisons au-dedans, violences au-dehors, précipices et