‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 206 sur 231 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

écueils de toutes parts. La fin de ce discours pathétique fut de demander quel remède je connaissais à tout cela.

Je répondis au roi que , sans prétendre lui donner aucun conseil, je voyais simplement trois partis à prendre, sur lesquels c'était à ce prince à se détermine^ : le premier, de satisfaire tout Immonde à ses propres dépens, ou plutôt aux dépéris de l'état ; le second , de ne satisfaire personne, en cherchant à emporter tout de haute lutte ; le troisième, qui tient le milieu entre les deux, de faire tomber tous les obstacles qu'on opposait à son avènement à la couronne , en se faisant catholique. Le roi' reprit la parole, et me dit que ce que jç lui disais n'était rien moins qu'un avis. Il me commanda dé lui dire nettement ce que je ferais si j'étais en sa place. Je cherchai à le lui faire entendre , en reprenant l'un après l'autre les trois moyens que je venais de mettre en avant. Je lui fis envisager qu'en suivant le premier, il se réduisait lui-même à rien ; et que , s'il fallait remplir l'avidité de l'Espagne et des ligueurs français, à peine d'un si grand royaume lui resterait-il un petit nombre de provinces. Sur le second, je lui représentai que , sitôt qu'il aurait donné occasion de croire qu'il s'en tenait uniquement aux droits que sa naissance lui donnait sur la couronne, l'abandon de tous les catholiques, et le déchaîne-

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ment d'un peuple d'ennemis au-dedans et au-dehors du royaume lui attireraient un orage terrible. L'inconstance de la fortune et les revers ordinaires de la guerre, quoique ce prince ne les eût point éprouvés, trouvèrent leur place dans cette réflexion. Je ne parlai du troisième parti que pour dire au roi qu'étant protestant moi-même , je ne pouvais lui rien dire sur ce sujet.

A mesure que je parlais, je voyais que l'esprit du roi se frappait de plus en plus de l'embarras où la conjoncture présente le jetait; et je m'attendais que ce serait la vue de tous ces obstacles qui le mènerait au point où je voulais qu'il arrivât J'étais sûr, quant au premier de ces trois partis, que Henri n'y pensait seulement pas. Je le connaissais trop bien pour croire qu'il fût capable de se porter à un accommodement qui ne le laisserait roi qu^en peinture, sujet ou dépendant de l'Espagne, ou réduit enfin à une petite partie de la France : aussi son embarras ne roulait que sur les deux autres. D'un côté, disait-il, en demeurant dans sa religion , il voyait ligués contre lui les princes de son sang, tous les grands du royaume, et ceux qui étaient à la tête des affaires et des finances , comme MM. d Epernon , de Nevers , de Longueville, de Biron , d'O, de Rieux ' , de Vil-

' René de Rieux, sieur de Sourdeac; Jean d'O, seigneur de Manou , frère du surintendant ; Louis de THopital , sieur de

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