‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 207 sur 231 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

leroi, de Manon, de Château vieux , de Vitry , d'Entragues, de Sourdis; le détail en serait trop long. Il les voyait prendre le parti , ou de faire im corps contre lui indépendant de la Ligue, ou, ce qui était plus vraisemblable , et aussi plus dangereux, de s'unir avec la Ligue, et de concerter ensemble les moyens de lui fermer tous les chemins au trône. De l'autre, il s'objectait les plaintes des ducs de Bouillon et de la Trimouille , et les cris de tant de protestans qu'il allait abandonner, eux qu'il avait tant aimés , et dont il avait tiré si longtemps son unique secours. Il se les représentait passant du mécontentement à la résolution que fait prendre le désespoir d'être sac-rifiés par un prince ingrat, se choisissant un chef, se cantonnant en France , et l'obligeant à tourner ses armes contre eux ; et il finit par ces paroles : « Non , je « ne saurais les maltraiter, ni leur déclarer la « guerre; je les aimerai toujours, m

Je me sentis pénétré de ces paroles , qui marquaient un naturel et uh retour si rares dans le cœur des souverains. Je l'en remerciai au nom de tous les protestans en mettant un genou en terre et en lui baisant la main. Ce que ce prince opposait à son changement de religion, et la manière dont il le faisait , était précisément ce qui dissi-

Vitry ; François de Balzac, sieur d'Entragues ; François d'Escoubleau , marquis de Sourdis ; Joacbim de Chàtcauvieux.

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pait ma crainte, et me confirmait qu'on ne trouverait point ailleurs le remède aux malheurs présens. Je repris la parole , et je lui dis que M3I. de fiouillon , de la Trimouille , et tout ce qu'il y avait de personnes de mérite et de distinction dans le parti calviniste , ne seraient point assez déraisonnables pour s'armer contre lui pour un parti embrassé par la seule nécessité, lorsqu'on continue-, rait à les traiter avec tous les égards dus à leurs personnes et à leurs services; et, achevant d'expliquer au roi tout ce que je pendis à ce sujet , j'ajoutais que, le fond de toutes les religions qui croient en Jésus-Christ étant essentiellement le même, c*est-à-dire la foi des mêmes mystères, et la même crovance sur la Divinité, il me semblait que devenir catholique de protestant qu'on était auparavant, ou protestant de catholique, c'était moins changer de religion que suivre , pour l'intérêt de la religion même, ce que la politique a jugé à propos d'y mettre de différence : mais que , quand je me tromperais dans cette idée, il était toujours incontestable qu'embrasser la religion catholique n'entraîne point la nécessité de persécuter toutes les autres; au contraire, que peutêtre Dieu amenait le roi à ce changement pour donner à l'Europe un spectacle nouveau, et plus digne de la religion elle-même ; qu'il y avait assez long-temps que la différence des religions offrait

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