LIVRE CINQUIÈME
en France les scènes les plus tragiques; qu'elle était une source de calamités et de désordres , par l'aversion qu'on inî^pirait au peuple contre ceux qui étaient d'une croyance différente de la sienne : ce qui se pratiqtiait également de la part des catholiques et des protestans; qu'il pouvait remédier à un mal si dai^ereux en unissant ceux qui professaient les deux religions par les liens de l'amitié et de la charité chrétienne; ou, si cette entreprise était impossible, en leur prescrivant du moins des règles si justes, que les deux partis fussent contens de ce qui leur serait accordé. J'attendris ce prince par la seule idée de rendre sa mémoire éternelle en rétablissant dans un royaume désolé le calme, la sécurité et l'abondance; et de mériter, par l'usage des talens qu'il avait reçus du ciel, Ihonneur d'avoir rendu la France heureuse, après qu'on avait désespéré d'elle, et regardé ses plaies comme incurables. Je suis sûr que ce motif l'intéressa plus que celui de son repos. Je ne l'oubliai pas pourtant ; et je fis convenir tacitement Henri qu'après avoir pour ainsi dire épuisé la guerre, son cœur redemandait de lui-même une situation moins bruyante et plus tranquille.
La plus forte preuve qu'en cette occasion je parlais pour la raison et la justice, c'est que le roi, qui, par un heureux caractère d'esprit, sen-
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tait d'abord tout le vrai et le faux de ce qu'on lui di.^ait , m'avoua que toutes mes paroles avaient été jusqu'au fond de son cœur. Il ajouta qu'il y réfli'cUirait encore profondément, mais qu'il croyait qu'il ne suivrait point d'autre conseil. En effet , au bout de trois jours son parti fut pris, et il ne s'appliqua plus qu'à aplanir les difficultés qui restaient. Les unes le regardaient lui-même; car comme la droiture et la sincérité faisaient le fond de son cœur , de même qu'elles étaient dans toutes ses paroles , je suis persuadé que rien n'aurait été capable de lui faire embrasser une religion qu'il eût méprisée intérieurement , ou dont il eût seulement douté. Un prince qui n'avait jamais trompé les hommes était bien éloigné de vouloir tromper Dieu.
Les autres obstacles regardaient les principaux chefs du parti protestant, que cette seule proposition ne manquerait pas de révolter , autant par crainte que par point d'honneur. Il les fit tous assembler, et adressant la parole aux plus distingués d'entre eux, qui étaient MM. de Bouillon, de Sancy , du Plessis, de Salignac , de Morlas , de Constans et Salettes * , j'étais aussi présent, il leur
' N.... Salettes était président du parlement de Pau, et conseiller d'(>tat de Navarre; Morlas était son fils naturel, conseiller du conseil privé et d'état, et surintendant des magasins de France. Ils se convertirent tous deux. Henri lY, apprenant