‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 209 sur 231 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

dit, dans l'intention de les sonder, qu'il les avait fait assembler pour savoir leur sentiment sur ce qu'il avait à leur communiquer; qu'il avait reçu des avis certains que Bellosanne et les deux Durets , agens du tiers-parti, avaient eu une entrevue avec Villeroi et Jeannin, et qu'ils étaient convenus d'unir contre lui toutes les forces de la Ligue et des autres catholiques ; qu'il touchait au moment dont les catholiques l'avaient si souvent menacé ; qu'ils allaient l'abandonner unanimement ; que le projet commun était de placer sur le trône le cardinal de Bourbon , de lui faire épouser l'infante d'Espagne , et de tenter par toutes sortes de moyens de se défaire de sa personne; qu'à la vérité le cardinal s'était montré fort éloigné de cette dernière proposition , mais qu'il y avait toute apparence qu'il y donnerait enfin les mains lorsqu'on lui aurait fait comprendre qu'il n'y avait pas d'autre moyen de s'assurer la couronne; qu'il les priait de lui dire naturellement ce qu'ils pensaient qu'il y eût à faire sur tout cela , et particulièrement sur la désertion des catholiques , qui allait mettre son parti aux abois.

11 parut bien , par la rumeur et le trouble que cette déclaration jeta dans l'assemblée , que tous

la mort de Morlas, qui était un homme de grand mérite, dit : « J*ai perdu un des meilleurs entendemens de mon royaume. » Chronologie novennaire y liv. 7, page 54^.

44^ IMnÊMOIRES DE SULLT.

ceux qui la composaient, sans rien prévoir, ni ménager, sans point fixe, et même s^ans aucun véritable attachement au roi , n'avaient pour ainsi dire songé jusque-là qu'à vivre au jour la journée, qu'à pousser le temps et tirer parti des taleus de leur maîtie pour la guerre. Ils ne purent jamais s'accordef ni former un avis suivi. On ne savait s'il fallait souhaiter la paix ou continuer la guerre. .L'un disait qu'il n'y avait rien à faire qu'à se remettre en campagne, et risquer le tout pour le tout. L'autre s'imaginait qu'en arrêtant huit ou dix des principaux catholiques qui n'étaient point encore sur leurs gardes, surtout les auteurs du projet, on le ferait avorter. D'autres, plus modérés, ou peut-être seulement plus incertains, se retrancliaient à dire qu'il fallait négocier et chercher desaccommodemens, sans pouvoir dire comment. Je saisis cette ouverture , et en la fixant à quelque chose de raisonnable , je fis prévaloir l'avis de la négociation. On n'ignorait pas que j'avais quelque crédit sur l'esprit de M. le comte de Soissons, et un libre accès chez le cardinal de Bourbon. Ce cardinal disait souvent en public que, quoique je fusse huguenot, il n'y avait personne pour qui il se sentît autant de penchant que pour moi. J'offris d'employer ma médiation auprès de ces deux princes , et de les engager à fermer les yeux aux persuasions des ennemis du

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