‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 210 sur 231 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

roi ; et pour y réussir plus sûrement , je promis de travailler à gagner leurs créatures et leurs conseillers, surtout l'abbé de Bellozanne , lesDurets, confidens du comte de Soissons, et une madame des Rosières , bonne amie du cardinal.

Personne ne contredit cette opinion ; sans doute parce que les protestans, qui avaient entendu la déclaration , se sentant trop faibles pour recommencer actuellement les hostilités , ne virent rien de mieux à faire pour le temps présent. Le roi ne fut pas fâché de son côté que l'avis unanime des protestans lui fît rechercher les princes du sang , et lier commerce avec les catholiques de la Ligue. Je me mis à travailler suivant mon plan, et^je commençai par l'abbé de Bellozanne. Je savais que la jalousie le rendait l'ennemi secret des Durets. Je crus qu'en le prenant de ce côté , en fortifiant sa haine, et en le flattant d'un premier rôle dans les affaires , j'en viendrais à bout. Je débutai par lui dire que je venais le remercier de la part du roi de ce qu'il s'était si généreusement opposé en sa faveur aux entreprises des Durets ; ce qui ne pouvait partir que d'un fonds de droiture et de bonne volonté pour le roi , dont sa majesté , quoiqu'elle le connût peu , lui tenait tout le compte qu'elle devait, jusqu'à ce qu'elle fût en état de lui donner des preuves plus sensibles de son affection; ce qu'elle ferait certainement en

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lui procurant le chapeau de cardinal , ou du moins en lui donnant un des plus riches bénéfices du royaume sitôt que ces grâces seraient en son pouvoir, par le changement de religion , auquel elle touchait de fort près.

Ce début, qui flattait extrêmement la vanité du personnage , me donna sujet d'entrer, comme sans dessein, dans les secrètes démarches des Durets, que je feignais de savoir fort positivement , afin de les apprendre de lui-même , et de le porter à s'y opposer encore plus fortement. En effet, à peine eus-je lâché quelques paroles sur ce sujet , que mon homme, cédant à son pencliant, tomba sur les Durets , et en dit tant de mal , qu'il me jeta dans l'autre extrémité de croire que sa haine les lui faisait accuser faussement. L'idée du chapeau et de l'évêché produisant son effet, Bellozanne feignit de sentir pour le roi le zèle que je lui attribuais moi-même par pure feinte; il ne tint pas à lui que je ne crusse qu'il s'était opposé aux violentes résolutions des catholiques, dont il m'ap prit, chemin faisant, toute l'intrigue et le but. Je me flattai quelque temps d'avoir gagné cet homme au roi; mais les fourbes reviennent bientôt à leur caractère. Il ne m'en eut pas sitôt fait la protestation, qu'il alla en faire une toute contraire au cardinal de Bourbon , ensuite à Villeroi et à Jeannin , auxquels il redit d'un bout à l'autre

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