LIVRE CINQUliM]^. 45 I
lieraient sans, peine ce reproche si rebattu de relaps, aussi bien que le dessein de choisir l'un d'eux pour roi, le mariage de l'infante, et tant d'autres projets aussi vagues.
Je produisis à l'abbé , pour preuve de ce que je lui disais , le traité que la Ligue avait fait proposer à Henri par Villeroi et Jeannin , dès après la levée du siège de Rouen , dont je n'ai pas pu parler à fond dans son temps , mais que je ¥ais exposer dans un moment. Après cela , me tournant avea vivacité vers du Perron , je lui demandai s'il n'était- pas de l'intérêt de tous les bons Français , et de lui-même tout le premier, d'empêcher de pareils desseins de s'accomplir; si la politique de l'état voulait que, détruisant en un moment un édifice qui avait tant coûté aux rois de France , et que quelquesuns avaient cimenté de leur sang, on revît la France pleine de ces petits tyrans cruels et ambitieux qui prétendaient £aire la loi au prince, et toujours près d'être accablée par les premiers ennemis qui l'attaqueraient; sHl ne convenait pas que le gouvernement monarchique, par lequel tous les membres sont unis et soumis à un chef unique , est le plus glorieux et le plus avâiifyigeux de tous , et en particulier pour la nation française.
Je tranchai court sur ce tiers-parti de politique, en faisant observer à du Perron 'qu'il fallait qu'il arrivât nécessairement de deux choses l'une, ou
qu'il se réunît à la Ligue , ce qui fsdsait perdre à celle-cî*le secours de l'Espagne , ou qu'il marchât séparément de la Ligue , ce qui le compromettait avec elle , et l'exposait ou à en être détruit , ou à la détruire. Dans tous ces cas il ne pouvait rien arriver qui ne tournât à l'avantage du roi.
Pourfinir par ce qui regardait la personne même du roi , il ne me fut pas difficile de faire avouer à l'abbé que ce prince était tel qu'il le fallait pour régner *r les Français. Je lui fis remarquer que sa réputation était si bien établie partout, qu'il y avait bien à craindre pour la Ligue, et encore plus pour ce tiers-parti, si peu accrédité, que dans les provinces où l'on ne se livrait pas aussi aveuglément que dans Paris aux caprices de la Ligue , on ne se jetât tout-à-fait entre les bras, de ce prince , après que l'ivresse des esprits serait passée, et aurait fait place à l'amour du repos , si naturel à ceux qui ont souffert; que les provinces commençaient déjà à témoigner ouvertement leur mécontentement. Mais, sans tout cela, combien de temps le roi ne pouvait-il pas encore soutenir la gtttffeire avecie secours des seuls protestans fn^içais 0t;,iiftangers , brave et expérimenté comme il était, et se- tenant en garde contre les attentats domestiquée? On l'avait vu, avec moins de dix villes dans son parti , et n'ayant qu'une poignée de monde, tenir coiitre toutes les forces du royaume^