LIVRE CINQUIÈME. * 453k
Je conclus qu'au lieu de donner aux ennemis de la France le plaisir de la voir se consumer et s'anéantir d'elle-taême, il était de l'intérêt général ' de favoriser un prince qui se montrait capable de lui redonner sa première tranquillité , et de l'élever à un nouvetfu^degré de splendeur.
L'abbé dtr Perron n'eut rien à répondce à toutes ces raisons ; il fut convaincu de leur force , et , comme je m'y attendais bien , il sut en convaincre le cardinal deBourbon , en y joignant toutes celles que sa pénétration lui inspira, et qu'il ne manqua pas d'orner de tqfA, le brillant appareil de l'éloquence. Le refte de cette année et le commencement de la suivante furent employés, de sa part et de la mienne , eh -aillées et venues , et en pourplÉrlers de cette espèce. Dès qu'on se fut tourné à la négociation , on eut plus de négociateurs que l'on ne voulut.
Il était vrai que Villeroi et Jeannin avaient présenté au roi ,^1 y avait long-temps , un projet de traité de la Ligue, et qu'elle offrait de le reconnaître pour roi à certaines conjiJbtions : la pièce est assez curieuse pour en dontier un précis. Le véritable esprit qui faisait agir la Ligue s'y montre tout entier; l'abjuration du roi était à la tête, comme la première et la principale condition. On voulait qu'il s'engageât à faire profession publique de la religion catholique dans trois mois;
qu'il la rétablît dans toutes les villes , d'où la supériorité des réformés l'avait bannie; qu'il se dégageât de toute alliance avec eux'; qu'ils n'eussent aucune part aux dignités , charges , ambassades et emplois de l'état, de quelque nature qu'ils fussent ; en un mot , qu'ils ne demeurassent en France qu'à titre de simple tolérance , et pour un certain temps, sauf à proroger le terme, suivant l'exigence des cas. Plusieurs autres articles semblaient n'y être mis que pour persuader au peuple que les chefs de la Ligue , en traitant avec Henri , avaient pour uni({qe objet de servir la religion et l'état. Telles étaient 1# clause de nommer aux bénéfices conformément aux canons, celle de tenir les états de Six en six ans , et plusieurs autres. *
Toutes ces conditions étaient spécieuses ; mais on y ajoutait , et c'était là le point essentiel pour les auteurs du projet, que le roi reconnaîtrait, autoriserait et soutiendrait la Ligudde tout son pouvoir; qu'il laisserait en sa puissance certain nombre de villesoù il ne pourrait pas même mettre de garnison, c'est-à-dire qu'il ne devait régner que sous elle ; qu'il partagerait tous les gouvememens de France entre ses principaux officiers qu'on lui désignerait; que de plus il entretiendrait dans chacun de ces gouvememens les troupes suffisantes pour y maintenir la religion romaine; qu'il