LIVRE CINQUIÈME
ne pourrait y disposer des tailles , impôts et autres revenus royaux, mais qu'ils seraient tous employés à cet usage suivant une répartition proportionnée à la qualité et aux besoins de ces gouvernemens; qu'il en serait de même de toutes les garnisons que l'on mettrait dans les places' da royaume. Suivait la destination de ces gouvernemens : la Provence au duc de Nemours , le I^nguedoc au duc de Joyeuse, le Bourbonnais et la Marche au duc d'Elbeuf, la Bretagne au duc de Mercœur , les deux Vexins, à titre de gouvernement , à d'Alincourt , partie de la Normandie à Villars; l'Ile de- France au baron de Rosne, l'Orléanais et le Berry à la Châtre, la Picardie aii duc d'Aumale, la Champa^e au duc de Guise, avec la charge de grand-maître , et toute9^4es dignités et bénéfices qui avaient été dans sa maison. Le duc de Mayenne était le plus richement partagé, comme de justice. Avec le gouvernement' de Bourgogne on unissait pour lui ceux du Lyonnais, Forez et Beaujolais; et on lui donnait dans toutes ces provinces un pouvoir qui aurait anéanti celui du roi : le droit de disposer comme il jugerait bon des gouvernemens , lieutenances de roi et autres emplois, non-seulement militaires , mais encore de finance et de judicature , et , qui plus est, des dignités, bénéfices et places ecclésiastiques; et pour mettre le comble à des avantages
si extraordinaires, l'on y ajoutait la charge de connétable ou de lieutenant-général de la couronne : il n'y avait que celle-là qui pfrùt digne de M. de Mayenne. On retenait encore in petto quatre bâtons de maréchal * de France , dont la Aiigue opmmerait en temps et lieu les sujets, outre des pensions considérables aux plus distingués d'entre eux. On avait poussé l'excès jusqu'à prescrire au roi d'acquitter les dettes des personnes de considération du parti qu'on lui nommerait, au nombre de vingt. Enfin , pour achever de lui lier les mains , on ajoutait qu'il souffrirait que des princes étrangers , au choix des catholiques , accédassent au traité, et se rendissent garans de son exécution. Le nom du pape était le seul nCiarqué; sans doxite que le blanc devait être rempli entre autres de celui du roi d'Espagne. On reconnsut ici trop clairement les vues espagnoles. Charles- Quint ne demandait pas autre chose, lorsqu'il disait qu'on avait tort de l'accuser de haïr le roi de France , puisqu'au lieu d'un , il souhaitait qu'il y en eût vingt.
' Ces quatre bâtons de maréchal tuieot donnes l*année suivante à Rosnc, La Châtre, Bois-Dauphin et Saint-Pol : il sera parlé de chaenn d'eux dans la suite. On rapporte à cette occasion un bon mot de Chanvaion , qui dit un jour au duc de Mayenne : •< Monsieur, vous avez fait des bâtards qui seront >> légitimés^ vos dépens. »